Erreurs de prévision : pourquoi c’est grave
Crise économique, Crise financière, Prévisions
A la veille du G20, l’OCDE a actualisé ses prévisions économiques pour 2009 et annonce désormais un recul historique du PIB français de 3,3% en 2009. En novembre 2008, la même OCDE tablait sur un recul de seulement 0,4%. Ce type de révision est, en ce moment, monnaie courante parmi les organismes de prévisions qui donnent l’impression de courir après la réalité. Ces erreurs répétées peuvent faire sourire. Pourtant, elles ont de graves conséquences.
Pour la plupart des honnêtes gens s’intéressant aux mouvements de ce monde, la prévision a une dimension ludique. Ce pari fait sur le futur sera-t-il gagnant ? La perspicacité passée du prévisionniste est-elle le fruit du hasard ou a-t-il découvert une martingale ? Surtout, à quand un aveu d’impuissance de ces pythies modernes que sont les experts économiques ?
Pour ceux dont c’est le métier de se livrer à ce genre d’exercice, l’exercice est moins drôle. Passer son temps à expliquer pourquoi son erreur de prévision n’en est finalement pas une est lassant. Surtout, dans une période qui voit disparaître les uns après les autres les instituts de prévision, un certain stress peut étreindre les âmes les mieux trempées. Enfin, et surtout serait-on tenté de dire, les erreurs de prévisions ont de lourdes conséquences. Pour illustrer notre propos, prenons le cas français comme exemple.
En décembre dernier, le Président de la République a annoncé un plan de relance pour contrer les effets de la récession annoncée. Parce que le gouvernement tablait sur un recul du PIB de l’ordre de 0 à 1% en 2009, il a calibré son soutien à l’économie en conséquence avec un plan représentant 1,3% du PIB.
Trois mois plus tard, l’ampleur de la récession est toute autre que ce qui avait été prévu : au moins, trois fois plus grave (-2,9% pour l’INSEE, -3,3% pour l’OCDE). Malgré le petit complément apporté par le « sommet » social de février, le soutien public à l’activité pour contrer la récession apparaît ainsi très insuffisant. Certes, l’effet contra-cyclique de la politique budgétaire passera aussi par d’autres canaux : ce que les économistes appellent les stabilisateurs automatiques, c’est-à-dire l’effet mécanique de la baisse de l’activité sur les recettes publiques. De fait, les déficits publics français, loin de se limiter à 5,6% comme le prévoit la dernière (4ème en six mois !) loi de finances rectificative, seront plus proches de 8% en fin d’année. Mine de rien, cela fait quand même cinq points de plus qu’en 2007 … Mais cet effet mécanique est moins efficace qu’une politique volontariste de soutien.
Bien sûr, on peut aussi se dire que le gouvernement français a fait ce qu’il pouvait, c’est-à-dire pas grand-chose. Compte tenu du niveau initial de déficit et de dette de l’Etat français, il ne pouvait guère mobiliser plus de milliards. De façon encore plus cynique, on peut ajouter que ce que fait ou fera la France est de peu d’importance dans une économie mondialisée : autant attendre l’effet du plan américain. C’est plus efficace et ça nous coûtera moins cher.
Reste que si dès le 4ème trimestre 2008, on avait pu avoir collectivement une idée plus claire de la récession, les plans de relance français, allemands, anglais etc. auraient pu être mieux calibrés. On n’aurait pas échappé à la récession, mais on en aurait atténué les effets. Au lieu de cela, on se condamne aujourd’hui à attendre que la tempête se termine …


