De l’optimisme en économie de crise (1)
Crise économique, Crise financière
Pour être tout à fait sincère, il n’y a pas de raisons particulières d’être dans cet état d’esprit. Il y a même beaucoup de raisons objectives de s’en détourner . Si ce n’est par nécessité conjoncturelle, pour la motivation et le courage que l’optimisme procure. Ce qui n’est déjà pas rien par les temps qui courrent. On pourra faire passer l’auteur de ces propos pour un « astronaute d’eau douce », comme le dirait le capitaine Haddock. Surtout, le mot n’est pas franchement populaire. En effet, dans le combat lexical qui oppose « crise » à « optimisme », Google Fight donne le premier gagnant avec 18.200.000 résultats. L’optimisme n’obtient que 727.000 occurences. C’est dire.
Se satisfaire de ces considérations relèverait cependant d’une certaine facilité.
L’optimisme: un marché émergent
Qu’est-ce-que l’optimisme ? Le dictionnaire « Trésor de la langue française » le définit comme « la doctrine qui soutient que tout est au mieux dans le meilleur des mondes ». L’optimisme ne peut toutefois pas être limité à cette vision. Il est aussi « une disposition d’esprit qui consiste à voir le bon côté des choses » ou encore, pourra consister dans la « confiance dans l’issue [d’une situation], le dénouement favorable ».
Se contenter du péril et du danger généré par la crise, ce serait négliger la transformation du monde qu’elle engendre, et de fait les opportunités qui en ressortiront. C’est ce que confirme l’étymologie chinoise du mot « crise », qui se traduit par « wei-ji », association de deux idéogrammes : « wei » (danger) et « ji » (opportunité). La crise, dans cette acception, appelle donc également une attitude optimiste.
Dans le marché émergent du « positif-à-tout-prix», chacun essaye de se positionner, de manière parfois tapageuse ou parfois plus classique. Car tous sont conscients que l’ « optimist attitude » est indispensable pour retrouver l’accalmie et renouer avec la prospérité. Les pourvoyeurs de confiance se vendent à prix d’or et se verront remettre toutes les décorations – de manière accessoire, se pose la question du traitement de la crise par les médias comme générateur de confiance ou de défiance et celle de la place à prendre pour les tenants de « l’information positive » ?
Réinventer les valeurs qui fondent l’économie
Soit … mais des indices un peu plus crédibles permettent-ils de confirmer le bien-fondé de cette tendance « positive » ? Une fois considérés tous les facteurs négatifs, y a-t-il réellement matière à optimisme ?
Dans un sondage publié il y a déjà quelques jours , 64 % des Français se révélaient « optimistes » pour leur avenir tout en restant réalistes sur la situation économique. Le retour de la famille, de la solidarité, la foi dans l’« humain » constituent des moteurs essentiels de cette vision positive. Des valeurs comme la « gentillesse », l’amabilité ou la solidarité sont réhabilitées et pourraient constituer les socles d’une société transformée. Cela a une explication naturelle : en période de crise, nous dépendons les uns des autres pour notre survie et notre existence.
Or, qu’il s’agisse d’un retour aux fondamentaux ou d’une nouvelle donne sociale, cette situation ouvre des perspectives aux entreprises. On pourra citer en ce sens les initiatives engagées par Danone, notamment, dont le Président a annoncé la création d’un fonds de 100.000.000 d’euros pour protéger l’écosystème de son entreprise, et défendre l’existence de ceux qui dépendent de lui, « qu’il s’agisse des producteurs laitiers, des porteurs de bouteille d’eau au Mexique ou des petits distributeurs de yaourts en Chine ». Dès lors, « de nouveaux modèles destinés à un plus grand nombre » devront être inventés pour « rendre les produits et services accessibles aux plus pauvres » etc … Le primat des entreprises dans la stabilité et la croissance des sociétés où elles s’établissent n’est alors pas à mépriser, loin s’en faut …
Cette « humanisation » de l’économie passera aussi par une « recherche de sens » qui pourra prendre corps par exemple dans le développement d’actions extérieures telles que le mécénat, qui apporte un « supplément d’âme » à l’action des entreprises, « sans pour autant relever de la philanthropie ». Le mécénat est un vecteur de développement auxquels recourent les entreprises, encouragées par les pouvoirs publics. Il est « une expression de la liberté d’entreprendre ». C’est aussi un « lieu de mise en relation de l’entreprise avec la société [qui] peut permettre à l’entreprise de voir au-delà des études marketing qu’elle conduit ». comme l’affirmait Jacques Rigaud. Si le mécénat culturel semble subir les contrecoups de la crise d’autres secteurs en bénéficient. Ainsi en matière de solidarité, où les budgets consacrés à ce type d’actions ont augmenté de 76%. Dans des proportions légèrement moindres, une augmentation comparable s’est produite en matière environnementale ou en matière de recherche. Sur la biodiversité, Jean-Louis Borloo annonçait mardi que toute entreprise qui abondera le fonds « save your logo » pourra bénéficier du régime fiscal y afférent – c’est-à-dire obtenir une réduction d’impôt sur les sociétés à hauteur de 60 % du don, dans la limite de 0,5 % du chiffre d’affaires annuel. Pour les entreprises de médias, le Président de la République, reprenant une proposition formulée lors des Etats Généraux de la presse a ouvert la possibilité pour les entreprises de presse de faire appel au mécénat. La première dame de France s’apprête à lancer sa fondation. De la même manière, les éditions Berger-Levrault lanceront le 31 mars leur fondation pour soutenir des projets éducatifs et culturels autour des institutions publiques et des métiers. Aussi, il est intéressant – et c’est là un point incitant à l’optimisme- de noter que « la stabilité domine très largement l’attitude des entreprises mécènes dans leur approche budgétaire en 2009 » malgré la crise.
La crise est une transformation du monde …
Si nous avons la tentation de croire que la crise est la fin d’un monde – pour le moins de pratiques cruellement temporelles- elle en marque peut-être d’abord la transformation. Il est probable que de nouvelles priorités, de nouveaux secteurs d’activité croitront ou verront le jour et que de nouvelles règles seront édictées.
Ainsi, le responsable du Programme des Nations-Unies pour l’environnement, Achim Steiner, appelait il y a quelques mois à un « new deal mondial vert », la crise pouvant être une opportunité de répondre au défi du changement climatique. De ce point de vue, on pourrait être tenté d’imaginer que l ’avenir du monde se jouera autant à Londres la semaine prochaine qu’à Copenhague en Décembre. Barack Obama a été sensible à une approche environnementale des politiques économiques. En France, le Grenelle de l’environnement – dans la mesure de sa mise en œuvre – pourra également être considéré comme un plan de relance « green ». Les « cols verts [pourraient être le moteur d’une évolution de fond de l’appareil productif »]. D’ores-et-déjà, le Plan bâtiment du Grenelle de l’environnement et notamment les modalités de mise en œuvre de l’éco-prêt à taux zéro pour la rénovation thermique des logements privés ont été annoncés. Ce plan pourrait engendrer 110.000 emplois.
Dès lors, comme a pu l’écrire un http://verel.typepad.fr/verel/2009/03/les-secteurs-qui-recrutent.html »>blogueur, « entre le logement social et l’entretien des logements »- auquel nous rajoutons leur mise aux normes, le BTP devrait continuer à recruter »
Un optimisme de raison
Des changements de cette ampleur auront cours dans d’autres secteurs et devront inévitablement passer par de nouveaux modes de consommation, et pas exclusivement en matière environnementale.
En ce qui concerne le secteur industriel, la confiance est certes faible, mais elle s’est stabilisée en mars. Il convient de mentionner ici que les groupes industriels et de services aux entreprises de plus de 2000 salariés devraient recruter en 2009 : « près de 110000 CDI prévus en France pour 2009. On les trouve surtout dans l’environnement, les transports et l’énergie. » Il est à noter que « le succès du premier véhicule électrique est français ».
En outre, plusieurs entreprises françaises emblématiques continuent de décrocher des contrats à l’étranger : Vinci en Slovaquie, Alstom a remporté un contrat d’une valeur d’environ 500 millions d’euros auprès de l’électricien allemand RWE pour la fourniture de deux chaudières au charbon aux Pays-Bas. Par ailleurs, Total serait bien placé pour la modernisation des champs pétrolifères irakiens.
Le secteur des services à la personne, qui emploie deux millions de personnes, et représente 15,6 milliards d’euros « constitue un levier intéressant d’emploi en période de crise » a reconnu le Secrétaire d’Etat à l’Emploi mardi 24 mars. Ce secteur devrait également générer des dizaines de milliers d’embauches en 2009.
En ce qui concerne la commande publique, si des règles plus abouties devront impérativement être prises , il convient de mentionner la tentative d’ouverture de la commande publique aux PME. En outre, l’Etat fera un effort particulier sur les délais de paiement: tous les ministères seront incités à verser par avance 20% du montant du marché aux fournisseurs qui le demandent.
Il est également intéressant de s’interroger sur des réussites particulières, à l’image de celle de Lego mentionnée par Philippe Escande sur son blog: en février les ventes du danois progressaient de 20% avec un bénéfice en hausse de 30% : quatre préconisations sont formulées : dépendre au minimum de la conjoncture ; être prudent dans la course à la taille ; reconnaître les limites de l’ externalisation ; privilégier le cœur de métier à la diversification.
De nouvelles activités, des secteurs en friche pourront être exploités. Les Chambres de commerce et d’ Industrie sont là pour les identifier et aider les créateurs, et repreneurs d’entreprise tout au long de leur évolution. De plus, l’auto-entrepreneur, malgré ses limites statutaires, connaît un succès continu depuis trois mois : presque 100.000 créations depuis le 1er janvier. Pour ceux qui recherchent des idées, des nouvelles tendances il suffit de cliquer ici. De nouveaux concepts, de nouvelles idées, du monde entier vont émerger … Allez sur Springwise par exemple, et vous verrez. L’optimisme signifie croire fermement que l’intelligence, l’imaginaire, l’innovation … la crise ne les tuera pas …



[...] Cet optimisme de principe ne sera porteur qu’à une condition: donner aux entreprises les moyens d’investir pendant la crise [...]