Développement durable des entreprises : la planète luxuriante des référentiels


Faut-il encore le répéter ? Les entreprises sont toujours plus enclines – ou ont de moins en moins le choix, c’est selon – à s’orienter vers le développement durable. Mais pour que cet engagement soit réel et pérenne, il est indispensable qu’elles y trouvent intérêt, en particulier sur le plan strictement économique. Dans cette perspective, la moindre des choses consiste à faire connaître son engagement auprès des clients.

Les « référentiels d’application volontaire » représentent de ce point de vue un levier significatif. Outre le fait qu’ils appuient, sur le plan méthodologique, la mise en place de démarches de progrès, ils permettent de valoriser les actions mises en œuvre à travers les certifications et autres labels.

Abondance de biens ne nuit pas, a-t-on coutume de dire. De fait, on assiste depuis quelques années à une prolifération des signes distinctifs estampillés « environnement » ou « RSE » (1), cette dynamique reflétant sans conteste une structuration progressive des démarches doublée d’une émulation réelle. Il va sans dire que ces référentiels n’ont pas tous la même finalité – ils peuvent ainsi par exemple s’appliquer soit aux produits, soit aux activités – et ont vocation à se compléter. Nul ne conteste d’ailleurs que l’outil idéal n’existe pas – l’élaboration pour le moins poussive de la norme ISO 26000 (2) en témoigne -, et l’exigence de coller aux enjeux réels des entreprises suppose de leur laisser le choix parmi un spectre relativement large (d’où notamment l’élaboration de référentiels sectoriels).

Revers de la médaille, et non des moindres : ce foisonnement génère nécessairement une certaine confusion, non seulement dans l’esprit du dirigeant d’entreprise, mais également dans celui des clients et du consommateur final, sachant qu’hormis les quelques référentiels éprouvés à l’échelle européenne (ex : éco-label) ou mondiale (ex : norme ISO 14 001), aucun d’entre eux ne se détache aujourd’hui avec netteté. Or, il est bien évident que ces signes distinctifs ne sont d’aucune utilité dès lors qu’ils ne sont pas reconnus par les clients.

Soyons clairs : prendre le parti de ne rien faire, en admettant que, après tout, l’édifice est en train de se construire et que le marché se chargera progressivement de faire le ménage, relèverait d’une passivité coupable. Il est bien évident que, en liaison avec les acteurs concernés, ce foisonnement appelle un travail de rationalisation normative visant à réduire le nombre de référentiels ou à tout le moins à favoriser leur articulation. Au-delà de la clarification induite, ce volontarisme répondrait à une exigence  économique réelle (limitation du nombre d’audits et de processus de certification par exemple).

Le Grenelle de l’environnement semble avoir ouvert une voie en ce sens, même si celle-ci n’apparaît pas encore clairement dans les projets de loi actuellement débattus. Le rapport « PME-PMI et développement durable en Ile-de-France » adopté par la CCIP en décembre dernier, se prononce lui aussi en faveur d’une telle dynamique.

Mais une question demeure : dans l’urgence, faut-il viser une norme universelle et pleinement « intégrée », ce qui à certains égards, paraît relever de l’utopie ? Doit-on au contraire se donner pour priorité l’élaboration d’un standard plus modeste, davantage adapté aux enjeux et contraintes des PME-PMI (ex : certification environnementale par étapes), quitte à se détourner temporairement – de pans entiers du développement durable ?

Tout est ici question de stratégie, et il est grand temps que la question soit approfondie non seulement à l’échelon national mais également au niveau européen.

1 Soit « responsabilité sociale de l’entreprise », correspondant schématiquement à une démarche intégrée incluant les 3 piliers du développement durable.

2 La norme ISO 26000, relative à la mise en place d’un système de management complet visant la RSE, est actuellement en cours d’élaboration au niveau international. Dans un premier temps, cette norme ne devrait toutefois pas permettre d’obtenir de certification.

Rédigé par Laurent Pacht le 19 février 2009 à 15:10

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  1. Posté par Panneau solaire le 14 janvier 2010 à 12:20

    Je tiendrai à ajouter que fixer des normes est, par essence, un frein à la créativité. Doit-on poser des normes durant le foisonnement d’idées ? Alors, qu’on penserait plus naturellement que les normes arrivent à l’age de la maturité.

    La RSE a encore de très très très gros progrès à faire et déposer une norme dans l’état actuel des pratiques est surement prématuré.

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