Plan auto : qu’a-t-on appris ?

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Le plan de soutien du gouvernement français a la filière automobile fait des vagues. La France est mise au banc des accusés pour cause de protectionnisme déguisé tandis que les économistes s’étranglent devant le pire des mondes qui se profile (voir le billet d’Elie Cohen sur Telos). Reste que les problèmes de nos deux grands constructeurs nationaux sont aussi un excellent révélateur des difficultés rencontrées par toutes les entreprises françaises en ces temps de crise : un coût de la ressource financière trop élevée ; une angoisse profonde sur l’avenir de leur trésorerie.

Laissons d’abord de côté le problème des contreparties exigées par les pouvoirs publics pour prix de leur soutien à la filière automobile pour nous en tenir au constat de départ : Renault et PSA, entreprises du CAC 40, n’arrivent plus à se financer, soit auprès de leurs banquiers, soit auprès des marchés financiers, à un coût inférieur à 8 ou 9%. Alors que les taux d’intérêt de la BCE sont proches de 1%, le prêt de l’Etat français à 6% à ces deux entreprises apparaît comme une affaire ! Imaginons, dans ces conditions, la situation des PME qui n’offrent pas les garanties ou n’ont pas le soutien politique et médiatique de nos deux champions nationaux…

Cette simple observation devrait suffire aux pouvoirs publics pour réaliser qu’ils font fausse route en se focalisant sur la quantité de crédits distribuée par le secteur bancaire. Le problème n’est pas la quantité mais le prix ! On a bien prévu que les banques devaient augmenter leurs productions de crédits de 3 à 4%, mais personne n’a indiqué à quel prix ! Résultat, le débat sur la poule et l’œuf (la baisse de la production de crédit est-elle due à l’offre (crédit crunch) où à la demande de crédits ?) prend une nouvelle tournure. La vraie question devient : la baisse de l’offre est-elle due à un durcissement des conditions d‘octroi de crédits par les banques ou à un découragement des emprunteurs lié à une politique tarifaire dissuasive ? L’expérience de PSA et Renault inclinerait à pencher pour la seconde option.

Autre enseignement de cette crise sectorielle : les dirigeants des deux groupes, dans leur communication médiatique, ont bien indiqué que la priorité en 2009 serait donnée à la sauvegarde de leurs trésoreries. Ainsi l’aide de l’Etat à PSA va-t-elle surtout servir à financer le besoin de fonds de roulement de l’entreprise et non à investir. On croyait qu’il n’y avait que les banquiers à avoir des besoins de liquidité ; on découvre que c’est aussi le cas des industriels. Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, c’est parce que les industriels craignent de ne pouvoir accéder à la liquidité (financer leur besoin de trésorerie) qu’ils coupent dans toutes leurs dépenses (personnels, investissements etc.).

On touche là du doigt la racine de la crise en cours. La crise de confiance qui paralyse nos économies n’est pas une crise abstraite. Elle a un fondement bien réel : la crainte de ne pouvoir accéder à la liquidité monétaire, véritable carburant de nos économies. Si tout le monde, du Japon à l’Europe, en passant par les Etats-Unis et la Chine, a mis en veilleuse ses projets depuis octobre dernier, c’est que toutes les entreprises de la planète sont confrontées à la même angoisse : si mon banquier ne joue plus son rôle, comment vais-je financer au quotidien mon activité ? Il faut d’urgence que je me constitue un matelas de réserve (sous forme de trésorerie).

Deux leçons en guise de conclusion :

- il est plus que jamais impératif de restaurer la situation financière des banques. C’est la condition du retour à la confiance, tout le reste (soutien à la consommation etc.) n’est que littérature

-l’opération survie est engagée pour de nombreuses entreprises, même les plus grandes. Renault et PSA ont bénéficié du soutien de l’Etat. Il serait temps de trouver une solution globale pour les autres.

Rédigé par Jean-Luc Biacabe le 18 février 2009 à 17:38

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  1. Posté par Logos le 18 février 2009 à 17:46

    Toutes ces mesures n’aboutiraient-elles pas à une inflation larvée quelque part ?
    http://fr.news.yahoo.com/3/20090218/tfr-sommet-social-sarkozy-familles-56633fe.html
    Comment l’Etat fait- il pour produire autant d’argent ???

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    Réponse de Jl Biacabe le février 19th, 2009 à 10:12

    Il s’endette !Il crée des traites sur l’avenir à payer quand tout sera redevenu « normal ». Bien évidemment, tout cela aura un coût qui plombera durablement la croissance. Reste que l’urgence du jour est d’éteindre l’incendie. Les dégâts provoqués par les pompiers sont moins coûteux que la destruction de l’appartement …

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