Salaires: quelles perspectives en 2009 ?
Crise économique, Salaires
Perplexité ce matin à la lecture d’un article des Echos sur la politique salariale dans les entreprises. L’auteur nous explique que des tensions sont en train de naître dans les entreprises à la perspective de faibles augmentations salariales cette année. La cause de ma perplexité est double :
- qu’il s’exerce une pression sur les salaires en période de récession ne peut surprendre que les naïfs ou les crypto-keynésiens qui croient encore que le rôle des entreprises est de distribuer du pouvoir d’achat en toutes circonstances. Cette perplexité se double d’un sentiment de désolation quand on lit que « la mentalité française reste encline à jouer sur la flexibilité des effectifs plutôt que sur celle des rémunérations ». La vieille opposition entre insiders (salariés protégés par un statut) et outsiders (personnes à la recherche d’un emploi) reste plus que jamais d’actualité dans notre beau pays… ;
-l’autre source de perplexité tient à l’absence complète de référence au contexte de forte désinflation, voire de déflation, qui prévaut aujourd’hui. Comment réfléchir à des augmentations générales de salaires sans se poser la question des perspectives de hausses des prix en 2009 ? Mystère. Il suffirait pourtant d’investiguer un tant soit peu pour constater que le consensus des prévisionnistes s’attend à ce que la hausse des prix tende vers zéro à l’horizon de juin prochain sous l’effet de la chute des prix du pétrole. Toute hausse de salaire nominale s’apparenterait donc à une hausse réelle. Une nouvelle fois ma perplexité se double d’une désolation profonde : l’illusion nominale reste fermement ancrée dans les esprits, à rebours de la confiance de la théorie dans la rationalité des agents, en particulier de personnes aussi qualifiées que les DRH. Quels devraient donc être les principes guidant la politique salariale des entreprises cette année ? Deux niveaux de réponses sont ici possibles :
- un niveau global d’abord, où l’entreprise réfléchit au partage de la valeur ajoutée (entre salaires, profits et … impôts). Peu ou prou, cela revient à partager les gains de productivité. Or, la pratique nous apprend qu’en période de récession, ils sont faibles (les entreprises ajustent avec retard leurs effectifs ce qui, toutes choses égales par ailleurs, réduit la productivité apparente). Les gains réels de salaires ne pourront donc qu’être faibles, voire nuls, en 2009 sauf à assumer une déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment des profits, ce qui hypothèquerait l’avenir de l’entreprise. Une fois ceci posé, reste ensuite à prendre en compte l’évolution des prix pour fixer les augmentations nominales. Comme on l’a vu, celle-ci s’annonce quasi-nulle dans les prochains mois. Le total est vite fait : zéro plus zéro égal zéro. On comprend les affres des DRH …
-un niveau microéconomique, ensuite, où la règle générale s’adapte aux particularités de l’entreprise (de son secteur) et des individus (performance). Tout le monde n’étant pas logé à la même enseigne, des évolutions salariales positives peuvent s’envisager dans le cas de secteurs à l’abri de la récession ou de collaborateurs ayant encore un pouvoir de marché (susceptibles de partir chez des concurrents). La contrainte globale s’imposant à l’économie conduit cependant à prévoir que les évolutions positives des uns doivent être compensées par des évolutions négatives pour les autres …
Face à des perspectives aussi sombres pour les DRH (et les salariés !), une petite lueur d’espoir (« le grain à moudre » d’A. Bergeron) peut cependant poindre. Il suffit de renoncer au raisonnement en glissement annuel des prix pour adopter celui en moyenne annuelle. Quèsaco ?
Parce que le chiffre de hausse des prix donné mensuellement par l’INSEE est en glissement annuel (février 2009/ février 2008), l’opinion publique ne connaît que celui-là. Il a pourtant le défaut majeur d’être tributaire de mouvements aléatoires intervenant sur ces deux mois. Que les prix du pétrole s’effondrent un mois et le glissement chutera … L’alternative est de raisonner en moyenne annuelle (12 mois 2009/12 mois 2008). Les évolutions sont alors lissées et sont, en outre, en phase avec le budget de l’entreprise.
Concrètement, s’il est très probable que la hausse des prix devrait tendre vers zéro en juin 2009, il est tout aussi probable qu’elle devrait ensuite augmenter régulièrement au fur et à mesure de la disparition, dans les indices, de la baisse des prix du pétrole intervenue au second semestre 2008. Fin 2009, le glissement devrait être proche de 1,5%. Ce qui nous donnerait une inflation en moyenne annuelle de 0,6 à 0,8% en 2009.
En conclusion, les négociations salariales, vues du côté des entreprises, devraient se caler sur des augmentations générales proches de l’inflation en moyenne annuelle plus une partie du surplus (des gains de productivité) dégagé par l’entreprise. Une hausse nominale et générale de 1% semble ainsi le maximum à espérer. Cela peut paraître bien maigre mais les 500.000 chômeurs de plus que nous promet la récession en rêveraient …


