Faire du plateau de Saclay une Silicon Valley ?
Aménagement du territoire, Compétitivité, Croissance, entreprises, Etats-Unis
« Je voudrais que l’on crée une véritable Silicon Valley sur le plateau de Saclay », déclaration du Président de la République en mai 2008, suivie des déclarations de Christian Blanc en novembre 2008. On ne peut bien sûr que se réjouir de cette ambition française, mais sait-on exactement ce qu’est la Silicon Valley et quels sont les objectifs qui correspondent à cette ambition d’égaler cette région particulière du monde ?
La Silicon Valley, qui d’un point de vue administratif correspond au territoire de Bay Area, s’étend sur une zone de 100km par 50km, représente 3,2 millions d’emplois et un PIB de 399 milliards de dollars. Ces chiffres sont évidemment sans comparaison avec le territoire économique du plateau de Saclay.
Passons sur ces problèmes d’échelle, et intéressons nous à l’ambition du projet du plateau de Saclay qui est de regrouper ce qui se fait de mieux en matière de recherche et d’enseignement supérieur en France voire en Europe ou dans le monde. Stanford University et Berkeley, les deux plus prestigieuses universités de la Silicon Valley, qui en compte cinq, sont classées en 2ème et 3ème position dans le classement international de Shanghai (la 1er étant Harvard). Pour trouver la première université française il faut descendre au 42ème rang, où l’on trouve l’Université Paris VI, … qui n’est pas sur le plateau de Saclay. C’est au 49ème rang que l’on trouve l’Université Paris Sud ! Certains contesteront le classement de Shanghai comme trop anglo-saxon et défavorable à notre système de grandes écoles. Regardons alors les montants qui sont consacrés à la recherche dans ces établissements. Les investissements publics et privés dans la recherche recueillis par Stanford et Berkeley étaient respectivement de 671 millions de dollars et 525 millions de dollars en 2004, quand l’Université de Paris sud dispose d’un budget de recherche de 66 millions d’euros!
Par ailleurs, alors que le dossier de présentation du projet de cluster scientifique et technologique du Secrétariat d’Etat chargé du développement de la région capitale met fortement l’accent sur la recherche, les aspects créations et financements de start-ups y sont beaucoup moins développés. Pourtant ce qui fait la force de la Silicon Valley c’est avant tout sa capacité à créer des entreprises dans les secteurs high tech et à transformer quelques unes d’entre elles en leaders mondiaux. D’après le Secrétariat d’État, il se créé 10 entreprises par an sur le plateau de Saclay !
La Silicon Valley ne se définit pas comme la première région du monde en matière de recherche mais comme la région qui domine l’ensemble des régions du monde en matière de capital investissement et d’entrepreneuriat «lead all regions in venture capital and entrepreneurship». Le territoire de Bay Area attire environ 35% du venture capital investit aux Etats-Unis, soit 9,5 milliards de dollars et voit se créer environ 4 000 entreprises high tech par an. Et tout ceci fonctionne alors que le territoire souffre de problèmes de transport considérables, que les coûts salariaux y sont parmi les plus élevés des États-Unis tout comme les prix de l’immobilier ! Ce n’est donc pas la création d’une ligne de métro et la construction de logements pour les chercheurs qui feront du plateau de Saclay la Silicon Valley européenne.
S’il est sans doute utile de regrouper et d’attirer les meilleurs chercheurs il est surtout urgent de faire venir des entrepreneurs et des investisseurs sur le plateau de Saclay crédit image Alifaan : http://www.flickr.com/photos/alifaan/2677816438/




Intéressant comme l’on sert le concept de Silicon Valley à toutes les sauces. Il n’y a pas une région ou un canton en Europe qui ne se met en tête de créer sa propre Silicon Valley en mettant trois vendeurs d’ordinateurs ensemble.
On bute peut-être sur le manque de symbole et de vocabulaire. Il n’y a pas (encore?) de mot en français qui se réfère à ce que vous évoquez: la concentration en un endroit de compétences multiples, d’une culture de l’esprit d’entreprise, d’une émulation collective et de capitaux à risque en masse susceptibles de doper l’innovation. C’est peut-être aussi parce qu’en Europe, le concept n’est pas encore pleinement compris. On pense encore trop souvent qu’il suffit de mettre quelques entreprises plus ou moins issues du même domaine dans un business park pour créer une « Valley ». Or, comme vous le dites, la Silicon Valley est beaucoup plus que cela.
Le travail d’éducation ne fait sans doute que commencer…
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Je suis tout à fait d’accord avec votre commentaire. Il reste encore beaucoup à faire pour arriver à créer un environnement qui soit favorable à ce que j’appellerai l’esprit d’entreprise (entrepreneurship) en Europe et plus particulièrement en France. C’est ce que nous expliquons dans un ouvrage récent : « Aider les PME : modes,réalités et perspectives »
http://www.boutique.ccip.fr/Aider_les_PME_:_modes__realites_et_perspectives-p-1659-t-3396.html
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Merci pour la référence. L’enjeu est effectivement crucial.
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Pourquoi pas … Vous avez raison. Ceci étant, on pourrait également s’interroger sur la nécessité de disposer de pôles de recherche forts pour en aval développer de grosses PME internationales, non ?
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Etes-vous certains de vouloir enterrer le Berkeley français ?
http://www.lepost.fr/article/2009/02/02/1409768_greve-a-l-universite-le-10-fevrier-prochain-pourquoi.html
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Il n’est bien sûr pas question d’enterrer le « Berkeley français » pour reprendre le propos de ce blog, il s’agit simplement de dire que la Silicon Valley ne peut pas se résumer à Stanford et Berkeley, mais que c’est un système complexe dans lequel l’esprit d’entreprise et le « venture capital » sont des éléments fondamentaux.
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[...] du développement économique. Dans un papier précédent j’avais eu l’occasion de rappeler que la Silicon Valley française aurait du mal à exister sans entreprises et sans capitaux. Il en va de même pour la métropole parisienne. Ce sont les entreprises et l’ensemble des [...]
Il me semble important de noter que cette offre impressionante de capital et cette vitalité entrepreunariale sont les conséquences, plus ou moins directes, d’investissements publics importants en matière de recherche. Après tout, la silicon valley a mis près de 60 ans à devenir ce qu’elle est depuis une vingtaine d’années.
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Il s’agit, en fait ,de programmes de recherche publique et pour une large part militaire qui ont été confiés à des entreprises privées. Le développement de la Silicon Valley s’est et continue à se faire autour d’une dynamique entrepreneuriale et cette dynamique est alimentée par des capitaux privés et publics. La présence d’entreprises de croissance et d’entrepreneurs est une condition absoluement nécessaire au développement d’une Silicon Valley sur le plateau de Saclay.
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[...] de l’innovation et de l’esprit d’entreprise. Comme cela a été évoqué dans un précédent papier la Silicon Valley française n’est pas encore née. En France, les investissements publics [...]
[...] innover, une des clés est la capacité à financer l’économie par des acteurs privés (voir précédent papier ). Ce succès est en partie attribué aux Business Angels, phénomène qui commence à émerger en [...]
[...] ? Du coup, j’ai pas mal cherché d’articles sur le sujet et je suis tombé sur cet excellent article de Hélène Perrin-Boulonne qui résume complètement ma vision du projet : Par ailleurs, alors que le dossier de présentation [...]