Protectionnistes, nous ? Jamais !- la nomination de Bill Richardson au Secrétariat d’Etat américain au Commerce -


Un diplomate au commerce, pourquoi faire ?

En nommant au Commerce Bill Richardson, ancien négociateur aux Nations-Unies, Barack Obama n’a pas fait un cadeau de consolation à son opposant malheureux dans les élections républicaines, il s’agit d’un choix stratégique qui présage des futures orientations américaines.

La politique commerciale des Etats-Unis est une politique « très dirigée » qui oscille entre un libre-échangisme à la carte et le protectionnisme. Cependant, la marge de manœuvre se rétrécit. L’opinion publique, échaudée par la crise financière, est de plus en plus hostile à la mondialisation et le Congrès a des velléités protectionnistes de plus en plus marquées. Il n’a pas octroyé, en novembre 2006, la Trade Promotion Authority, le mandat du Président pour négocier les accords commerciaux et il a renouvelé, en juin 2008, le Farm Bill, la loi-cadre pour l’octroi des subventions agricoles. Tous les indicateurs tendent à penser que le cap va être davantage porté sur le protectionnisme. L’industrie américaine va mal, un plan de ré-industrialisation coûterait trop cher et il est fort à parier que les Américains fassent le choix d’un recours plus large aux subventions. L’objection de Barack Obama, pendant la campagne présidentielle, à la remise en cause des subventions aux agriculteurs américains confirme la tendance. La compétition plus ardue pour le poste de Secrétaire d’Etat aux affaires intérieures témoigne, s’il le fallait encore, que les priorités sont sur le sol américain et que l’urgence est aux investissements intérieurs.

L’arrivée de Bill Richardson au Secrétariat d’Etat au Commerce marque le choix du diplomate plutôt que du technicien, le choix des discours consensuels plutôt que des décisions impopulaires. Que l’on se le dise, les Etats-Unis viennent de choisir leur avocat, un avocat capable d’accuser les autres de protectionnisme et de faire illusion sur leur ouverture commerciale. Que l’on se rassure, les négociations commerciales bilatérales ou internationales seront très cordiales… mais elles ne s’avéreront, hélas, pas plus aisées. Que va faire l’Union européenne en 2009 ? Désigner comme Commissaire européen au Commerce, un avocat de la même veine ou un Procureur capable de défendre la mondialisation de tous les maux ?

De fait, les Européens ne doivent pas s’illusionner sur la possibilité d’aplanir leurs différends commerciaux avec Washington tels que le lourd contentieux Boeing-Aibus ou encore la question des OGM. Ils ne doivent pas davantage s’illusionner sur la perspective de s’entendre sur une stratégie d’accès aux marchés en Asie et notamment en Chine. Les relations transatlantiques seront davantage marquées par un changement de ton que par un changement de position, par une rupture formelle plus que réelle. Les Etats-Unis ont leur propre agenda lequel va bien au delà de leurs alliances.

Reste à savoir si la préoccupation pour l’ « America First » et les politiques qui l’accompagneraient, le cas échéant, peuvent être, aussi facilement que dans le passé, mises en œuvre par les Etats-Unis alors que le monde évolue vers des dépendances et interdépendances croissantes. Et les Américains n’ont d’autant moins les moyens de leur unilatéralisme qu’ils entendent se faire de nouveau aimés. Pour ce faire, ils vont devoir travailler avec le reste de la planète et participer à produire un nouveau monde. Les qualités d’un diplomate ne seront pas de trop…

Rédigé par Béatrice Richez-baum and Corinne Vadcar le 22 décembre 2008 à 20:28

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  1. Posté par Dante le 5 janvier 2009 à 16:18

    Euh, comment dirais-je … je ne savais pas que la CCIP avait une telle influence jusqu’aux plus hautes sphères Etats-Uniennes :-) ))

    Merci quand même pour cette analyse …

    http://blogs.lexpress.fr/nycoste/2009/01/bye-bye-bill.php?xtor=RSS-186

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