Le marginal compte plus que la majorité
Crise économique
Lecture de l’édito de l’Usine Nouvelle de cette semaine : « des millions de français ont des revenus stables, rien ne les oblige à se serrer la ceinture ». Sous-entendu, il y a un socle solide de dépenses, ne nous laissons pas démoraliser par quelques annonces pessimistes. Mieux encore : que ceux qui le peuvent, prennent la relève de ce qui ne peuvent ou n’osent plus. Tout ceci est bel et bon mais ignore un principe de base de l’économie : la dernière unité consommée, produite, vendue a infiniment plus de valeur que toutes les autres. C’est ce que les économistes du XIXème siècle appelaient le raisonnement à la marge, ce que les ménagères de moins de 50 ans traduisent par : c’est la dernière goutte qui fait déborder le vase.
Revenons à notre édito. Il insiste avec justesse sur le fait que la majorité des français n’est pas concernée par toutes ces mauvaises nouvelles et qu’il n’y a pas lieu de les affoler. Imaginons que 90% des français ne changent pas de comportement et augmentent leur consommation de 1%. Mais que les 10% restant soient au chômage ou craignent de perdre leur emploi et qu’ils décident alors d’ajuster leurs dépenses en les baissant de 20%. La moyenne arithmétique de ces mouvements de sens contraire donnera une baisse de 1%. Bilan : une immense majorité qui ne change pas compte moins qu’une toute petite minorité qui bouge beaucoup.
Autre exemple : la croissance française sur longue période est de 2%. Les bonnes années, la croissance atteint 3% ; les mauvaises, seulement 1%. Qualifier la performance économique d’une année tient ainsi à très peu de choses : +/- 1%, un rythme invisible hors des statistiques et surement pas sensible pour les individus pris isolément. On pourrait même ajouter que, accroître notre niveau de vie de 1,2 ou 3% n’a plus guère de sens compte tenu de la saturation déjà élevée de nos besoins. Pourtant, l’expérience montre que le pays flirte avec le bonheur dans le premier cas et la dépression dans le second.
Tous ces constats pour aboutir à une vérité économique de base : c’est la variation marginale qui compte plus que le niveau absolu.
Pour en revenir à notre édito, qu’une majorité de français ne soit pas impactée par la crise n’a guère d’importance. Ce qui compte, ce sont ceux qui vont manquer dans les allées des grandes surfaces pour les fêtes de fin d’année. Que le CA des grands magasins baisse de 5% ou 10% et 2008 sera l’une des pires années depuis des décennies. En soi, 5% c’est peu. En fait, c’est tout.


