Mesurer le nombre d’entreprises moyennes au niveau français a t-il un sens ?
entreprises, Statistiques
L’entreprise de taille moyenne, ou entreprise de taille intermédiaire, peu importe l’appellation, après la PME, est l’entreprise qui va être l’objet de toute les attentions des politiques publiques. On notera au passage l’abus de langage qui consiste à opposer les petites et moyennes entreprises (PME) aux entreprises de taille moyenne que l’on voit parfois également qualifiées de « grosses PME ».
Au-delà de ces considérations sémantiques, de nombreux experts s’entendent pour expliquer une partie du déficit de croissance de l’Europe et plus particulièrement de la France par rapport aux Etats-Unis par un déficit d’entreprises moyennes.
Et si ce n’était qu’une illusion statistique ?
A la base de cette volonté d’aider les entreprises moyennes, un constat sans appel : les entreprises européennes et a fortiori les entreprises françaises sont trop petites comparées à leurs homologues américaines.
Mais compare t-on des choses comparables ? Un simple exemple permet d’illustrer un problème de cohérence dans cette comparaison. Prenons une entreprise américaine qui a un siège avec 20 personnes à San-Franscisco, et dispose de 27 bureaux employant 40 personnes dans 27 Etats. Dans les statistiques d’entreprises américaines on verra une entreprise de taille moyenne de 1100 salariés. Prenons une entreprise française qui a son siège à Paris avec 20 personnes, et une implantation de 40 personnes dans 27 pays européens. Economiquement parlant l’entreprise américaine et l’entreprise française sont similaires. D’un point de vue statistique le constat est tout autre. Dans les statistiques françaises on comptabilisera une petite entreprise de 20 personnes. Eurostat de son côté qui agrège les statistiques des Etats membres comptabilisera 28 petites entreprises.
L’exemple peut paraître simpliste et l’on n’est pas capable de mesurer l’ampleur du phénomène à grande échelle. Pourtant on voit comment la réalité économique peut être biaisée.
Alors même que l’Europe se lance dans une politique très volontariste pour aider ses entreprises à grandir et à innover au travers du SBA pour l’Europe et des engagements de Lisbonne, elle a fait l’impasse sur une vraie réflexion sur ce que pourrait être une entreprise européenne dans ses statistiques. Ce n’est pas la création du statut juridique d’entreprise européenne qui va remédier à ce problème à court terme.
De son côté l’Insee envisage la publication de données sur les entreprises de taille intermédiaire (entreprises de 250 à 5000 salariés), se positionnant en décalage par rapport aux recommandations de Bruxelles. On peut s’interroger sur la pertinence de cette statistique dans la mesure où beaucoup de ces entreprises opèrent sur le marché européen et ont des filiales dans plusieurs pays de l’Union Européenne ?
On constate une fois encore que la statistique ne reflète pas la réalité économique (comme pour le chômage ou l’inflation). Par ailleurs il apparaît que la statistique européenne en matière d’entreprises ne peut pas se contenter d’être une simple agrégation des statistiques nationales.



Merci pour cette analyse concise et pertinente. A quand une étude ambitieuse sur la physiologie réelle du système économique et les moyens d’appréhender notre écosystème économique dans sa finesse et sa complexité, sans le défaut du réductionnisme cartésien et les biais statistiques ?
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