TVA et déflation sont dans un bateau
Crise financière, TVA
Le gouvernement britannique vient d’annoncer une baisse de 2,5 points de son taux de TVA au 1er décembre pour soutenir la consommation. Si la mesure a le mérite de la clarté et de la rapidité, on peut se demander si elle est opportune alors que les marchés s’inquiètent du risque de déflation. En fait, la période actuelle offre plutôt une fenêtre d’opportunité inespérée pour les partisans de la TVA sociale, qui suppose, elle, une hausse des taux !
Le plan de soutien britannique de 20 milliards de livres, dont 12,5 consacrés à la baisse de la TVA, représente 1% du PIB. Il est très classique dans sa forme et sans doute très opportun en phase de récession. Mais qu’en est-il si les économies sont à la veille d’entrer en déflation ? Faut-il favoriser une baisse des prix à la consommation d’au moins deux points au moment où la chute des prix des actifs et la récession favorisent déjà un fort ralentissement de l’inflation ?
En fait, pour répondre à ces questions, il importe de bien comprendre pourquoi la déflation est un mal supérieur à la récession. Techniquement, la déflation est une phase de contraction de la quantité de monnaie qui a pour corolaire une baisse des prix, de tous les prix, ceux des biens comme ceux des actifs, mais aussi ceux du travail, c’est-à-dire les salaires.
Si la déflation apparaît comme l’abomination des abominations, c’est qu’on n’a pas encore trouvé de parade pour en sortir, comme en atteste la situation japonaise depuis plus de dix ans. La déflation engendre, en effet, un phénomène pernicieux que l’économiste américain I.Fisher avait appelé, dans les années 30 (encore elle !) la « debt déflation » : lorsque les prix baissent, la valeur de la dette augmente. Si tous les prix baissent, y compris les salaires, les emprunteurs sont alors confrontés à une augmentation de la charge de la dette dans leur budget. Ils doivent alors réduire leur consommation pour rembourser leurs créanciers, ce qui aggrave la pression sur les prix et un cercle vicieux s’enclenche.
Pour l’instant, rien n’atteste qu’un tel mécanisme soit à l’œuvre, mais l’angoisse monte au fur et à mesure que les taux d’intérêt baissent. Ils sont aujourd’hui de 1% aux Etats-Unis: plus l’inflation baissera, plus les taux réels monteront car la marge de baisse des taux nominaux tend désormais vers zéro (vous suivez ?).
Compte tenu de ces risques, on comprend qu’il conviendrait de réfléchir à deux fois avant de se lancer sur la voie de la baisse des taux de TVA. Et si l’on craint effectivement le risque de déflation, peut-être faudrait-il alors envisager de faire plutôt le contraire des britanniques : augmenter les taux de TVA et compenser cela, par exemple, par une baisse des taux de cotisations sociales employeurs. Ca s’appelle la TVA sociale et c’est une forme de dévaluation déguisée non coopérative. Impensable en temps de surchauffe, mais qui redevient d’actualité si la déflation pointe le nez. En outre, c’est une idée déjà mise en œuvre par les allemands … Merkel-Brown : 1-1. Les prolongations seraient en vues !


