Société Privée Européenne 2030: vision future d’un instrument en devenir

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 » Paris, 15 avril 2030, 7h00.

Mon radio-réveil, dont l’écran se projette au plafond de ma chambre, me sort violemment de mon sommeil et m’informe, dans une sonnerie métallique, des 70 mails reçus pendant la nuit. D’un geste nonchalant et du bout de mes doigts, au dessus de ma tête encore engourdie, je fais défiler la liste diffusée en hologramme pour tenter de dénicher, parmi tous les spam, une information intéressante. Et je l’ai trouvée.
Je viens de recevoir la convocation à l’assemblée générale annuelle de la société dont je suis actionnaire depuis 15 ans, la SPE « KLJ ». A la lecture de cette missive, j’apprends sans surprise que l’assemblée sera totalement dématérialisée et pourra, selon le bon vouloir des actionnaires, être suivie matériellement, ou virtuellement. En effet, il est prévu, pour les actionnaires les moins à l’aise avec les nouvelles technologies, de se rendre à Copenhague, lieu du siège réel de cette société, mais il sera également possible de se connecter à partir de 10h, sur le site Web « Second life » pour se téléporter via son avatar, à l’aide d’un password, au siège virtuel de la société. Je n’y manquerai pas, d’autant que je brigue un mandat au conseil d’administration, en me vantant de vouloir moderniser cette société vieillissante. Elle a désormais vingt ans, ses organes de direction n’ont quasiment jamais été renouvelés, et j’en fais partie.
C’est l’une des premières SPE qui a été créée dans les années 2010, lorsque ce statut venait d’être définitivement adopté par la Commission européenne. Il se trouve que tous les atouts étaient réunis dans cette forme sociale, qui est rapidement devenue un outil de développement commercial sans précédent dans l’Union européenne. Ainsi, de nombreuses sociétés, de type SAS ou SARL, en France, se sont transformées en SPE, ne laissant à la marge que ceux qui n’avaient pas compris l’utilité de bénéficier d’un label européen et d’une structure moderne, supranationale et mobile. Certaines d’entre elles ont fusionné avec des partenaires européens, d’autres encore se sont créées ab initio comme la société « KLJ ». En réalité, le tissu économique européen s’est très rapidement étoffé, et la SPE a fini par supplanter toutes les autres formes sociales, qui ont disparu dans chacun des Etats membres.
« KLJ » avait été immatriculée au Luxembourg pour des raisons fiscales, et son siège réel avait été établi au Danemark pour des raisons écologiques et sociales. Malgré la crise financière mondiale de 2008 (la « grande crise », selon les livres d’histoire), qui a plongé la majorité des Etats-membres dans un grand désarroi, ce pays avait conservé une économie florissante, et un taux de chômage relativement faible. Les employés bénéficiaient d’ailleurs de bonnes conditions de travail, d’un niveau de vie élevé et d’une participation des syndicats très satisfaisante. De plus, auto-suffisant en énergie, le pays était un véritable chef de file dans l’énergie durable en Europe, et justement, cette philosophie constituait le cœur de l’activité de la SPE « KLJ», spécialisée dans les éoliennes offshore et autres mesures respectueuses de l’environnement.
Puis, cette société a rapidement œuvré dans le développement des nouvelles technologies, et contribué à la dématérialisation des données, dans un objectif toujours plus grand d’économies d’énergie. L’un des éléments essentiels qui a véritablement lancé « KLJ », c’est la création, en partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie de Strasbourg/Bas-Rhin, du premier guichet unique dématérialisé sur « second life ». L’objectif était on ne peut plus simple : en dématérialisant les CFE, les entrepreneurs en création, en activité, ou en fin de vie sociale peuvent effectuer toutes leurs formalités dans un monde virtuel, image parfaite et copiée du monde réel. Cela a pour intérêt de conserver des repères réels malgré l’aspect virtuel de la démarche effectuée par écrans interposés, et d’éviter les déplacements, de raccourcir les délais, de mettre fin au gaspillage de papier, d’alléger les coûts de structures, bref de participer au développement durable.

Le plus fort, ça a été la possibilité de déclarer virtuellement son siège social sur « second life », dans les années 2015, après beaucoup d’hésitation politique. En réalité, il a suffit de considérer que la société restait rattachée juridiquement à un Etat membre, via le CFE virtuel mais disposant d’une adresse dans le monde réel. D’ailleurs, on s’est aperçu que la dissociation des sièges de la SPE autorisée par les textes communautaires reposait d’ores et déjà sur une fiction, puisque le siège déterminé dans les statuts n’avait rien de commun avec son siège réel, ou son établissement principal. Dès lors, il est apparu que le fait de déclarer son siège statutaire sur le WEB, tout en se rattachant à une entité matériellement vérifiable, n’empêchait pas de valider l’existence de la société, et son suivi administratif ou fiscal. Ainsi, aujourd’hui, un siège virtuel est admis comme siège statutaire, et s’oppose d’une manière encore plus convaincante au siège réel, faute d’avoir encore pu harmoniser tous les droits nationaux.

Dans ce mouvement, nous avons développé après mon arrivée comme directeur des développements technologiques, un local virtuel dans lequel les dirigeants, les représentants du personnel, et tous les autres intervenants de la vie sociale de notre SPE peuvent se retrouver pour orienter sa politique. C’est pratique, lorsque le président du conseil est Russe, le directeur général Brésilien, et la plupart des membres du conseil d’administration, disséminés dans l’Europe entière, à l’heure où nos réserves de pétrole sont en voie d’épuisement. Les allers-retours en avion ou en voiture se font donc plus rares, les frais pour la société sont moins exorbitants, et surtout, notre société peut se réclamer d’être une société propre, du fait d’une activité qui ne dégage presque aucune pollution. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu de recevoir le prix de l’entreprise européenne la plus écologique en 2025, année cruciale où l’aspect « écolo », ou « bio » d’une société est devenu une véritable valeur commerciale.

Mais, trêve de souvenirs et de légèreté matinale, la journée s’annonce éprouvante et intéressante comme toujours. Je saute sous ma douche à radiations (l’eau est désormais d’un accès très restreint), avant d’avaler un café en vitesse puis me dirige vers mon ordinateur pour enfiler mon costume virtuel bleu à rayures grises et chausse mes lunettes de vision 3D, prêt pour animer la réunion trimestrielle du département « technologies alternatives » de « KLJ ».  »

Photo: « Back to the future », Edouardv66

Rédigé par Tanguy Allain le 17 novembre 2008 à 19:43

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  1. Posté par bresil implantation » Société Privée Européenne 2030: vision future d’un instrument en … le 17 novembre 2008 à 20:27

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