Eloge naïf de trois vertus pour combattre la crise: la confiance, la solidarité, la créativité

,

« Sous l’épée levée, l’enfer vous fait trembler mais allez de l’avant et vous trouverez le pays de la félicité » écrivait au XVIe siècle le samouraï et artiste japonais Miyamoto Musashi.

Face au danger, quoi de plus spontané que de se protéger, voire de prendre, seul, la fuite. Quoi de plus évident et de plus naturel que de laisser s’évanouir les liens qui nous faisaient rentrer dans une relation, personnelle, contractuelle ou commerciale, au profit de sa seule survie. Pourtant, il n’est pas certain que cette attitude, aussi légitime puisse-elle paraître, soit de nature à assurer la viabilité de celui qui l’adopte. Dès lors, il semblera plus efficace de « faire front ».

Vous me direz alors, et à juste titre, que celui qui écrit ces lignes est bien gentil, mais que la trésorerie, à l’instar de la terre d’Emmanuel Berl, « elle, ne ment pas ». Et le chômage qui gronde pourra rendre toutes ces phrases stériles et scandaleuses.

La gravité de la situation appelle pourtant une telle attitude, qui ne relève ni de l’éloquence ni de la provocation. C’est un encouragement – naïf mais sincère – à prendre son inquiétude à contre-pied. La confiance, la solidarité et la créativité sont des « vertus » ou des postures que pourront adopter ceux qui ont envie de participer à la résolution de la crise actuelle, car elles en constituent d’indispensables remèdes.

Il faut bien l’avouer, cela nous permet aussi de nous éloigner quelques instants du climat anxiogène véhiculé dans nombre de journaux.

Faire rejaillir la confiance et l’estime de soi

C’est une notion polysémique incluant autant la remise de ses intérêts aux soins d’un tiers, qu’une orientation sincère vers une tâche commune, etc … Quelle que soit la définition retenue, la confiance est le fruit d’un désir de réussite car elle fait référence à une attente. Elle implique en outre la réciprocité. Elle est aussi le résultat d’une capacité à « faire effraction » dans ses angoisses, à s’engager dans ce que l’on ne connaît pas parfaitement, à assumer sereinement un risque.

Il est évident que tout ordre social durable dépend du développement de relations stables de confiance mutuelle entre les acteurs sociaux. Cela est aussi valable dans le domaine économique.

Dès lors, l’accroissement du risque ou la rupture de réciprocité sont de nature à faire varier la confiance voire à la rompre. Le sentiment de défiance contaminera l’ensemble de la chaîne dans laquelle est instaurée une confiance réciproque. Cela est valable pour l’Etat envers les banques, pour les banques et les entreprises entre elles, et pour leurs salariés. Lorsque la confiance est complètement rompue, la relation se dégrade ou cesse. Il s’agit là d’une vision mécanique, en relation avec un élément extérieur. Le lien de confiance semble se rompre automatiquement si les conditions nécessaires à son existence ne sont plus remplies.

Dès lors, faire rejaillir la confiance s’impose. Mais comment ? Deux alternatives semblent possibles.

La première, conforme à ce qui précède, vise à en rétablir les conditions préalables. Cette vision a été illustrée par l’attitude du Président de la République, dans l’octroi de crédits, au propre comme au figuré, et de garanties aux établissements bancaires. Il a ainsi affirmé l’existence d’un « contrat moral» – « un contrat de confiance » ? – avec ces derniers. Cette logique semble toutefois relever autant de l’assurance que, par opposition, de la confiance.

Dans la seconde alternative, la confiance peut être séparée de ces conditions d’existence préalables. Elle n’est pas une conséquence, mais relève d’une décision intérieure, d’un acte de volonté. Elle est intentionnelle. Comme le dirait un général à ses soldats : « Allez au combat fermement convaincus d’être victorieux, et vous reviendrez chez vous sains et saufs ». Cela induit une estime de soi, un acte de foi dans ses propres capacités et dans les capacités du groupe auquel on appartient au-delà de la seule méthode Coué.

Pour donner une chance aux entreprises de retrouver cette estime propre et cette « foi », les pouvoirs publics, pas uniquement nationaux, mais aussi locaux, devront encourager et aider les acteurs économiques à stabiliser le marché, par eux-même, afin qu’ils puissent à nouveau retrouver une sérénité, oser innover et aller vers une économie de croissance.

Cela doit se jouer au plus près du « terrain ».

La solidarité, soutenir l’activité de ceux qui me sont utiles

La solvabilité des partenaires n’étant plus certaine, des entrepreneurs se méfieront de leur client et de leurs fournisseurs etc… Ceux qui s’en sortent le mieux auront très naturellement et très légitimement un réflexe méritocratique voire libéral … Cependant, cette manière de réagir ne saurait être systématisée car elle contient des limites fortes en raison de l’interdépendance des agents. Imaginons trois entreprises : A, B et C. A dépend de B pour son approvisionnement, qui à son tour dépend de C. Imaginons que C tombe et ne peut plus fournir B, sous-traitant de A. A connaîtra donc plus de difficultés pour s’approvisionner, et donc à produire, B étant lui-même affaibli …La chaîne est perturbée voire « dans le rouge » car la situation de tous ceux de la catégorie C est fréquente et la plupart de ceux de la catégorie B connaissent des difficultés analogues.

Dès lors il paraît nécessaire d’instaurer un lien de solidarité au sein d’une même chaîne économique. Non en vue d’une quelconque redistribution, mais plus en amont, en vue d’une consolidation du marché. De son côté, l’entrepreneur qui réussit, ne trouvera pas d’intérêt, sur le court terme, à jouer une carte pleinement individuelle, sous peine de s’isoler et de se mettre en danger.

L’Etat s’est d’ores-et-déjà engagé à faire jouer la solidarité nationale de manière globale auprès des banques et des PME. Il semble désormais souhaitable que l’ensemble des pouvoirs publics, les collectivités locales naturellement, sans être nécessairement bailleurs de fond, deviennent, en raison des circonstances exceptionnelles, des organisateurs de solidarité sur les territoires, en lien avec les organisations privées, les fédérations professionnelles, et le monde consulaire pourquoi pas.

Dès lors, il appartiendra aux acteurs territoriaux compétents dans les prochains jours et les prochaines semaines d’en prendre l’initiative, et surtout, de la coordonner. Cette solidarité pourra être mise en œuvre, alternativement ou cumulativement, sous plusieurs formes : organisationnelle, humaine … De l’identification des zones géographiques et des secteurs d’activité les plus touchés, à l’incitation à la création de groupements d’achats, en passant par la mise à disposition de conseillers, ou même à l’octroi, dans des conditions assouplies, des aides existantes … et en dernier recours, à la création de fonds de solidarité locale. De très nombreuses modalités sont envisageables, pourront être discutées entre partenaires et permettront d’ajuster l’offre d’urgence au plus près de la réalité. Les collectivités y trouveront à coup sûr une nouvelle source de légitimité dans un contexte où doivent être redéfinies leurs missions et leurs moyens. Ces actions complèteront le dispositif d’appui mis en œuvre par l’Etat.

Il s’agit d’une opportunité à ne pas manquer, tant pour les entreprises que pour les territoires. Ce volontarisme semble indispensable pour que le plus grand nombre puisse faire perdurer son activité avant un retour à des temps plus calmes, et aller de l’avant.

La créativité, pour renouer avec la croissance

On ne gère pas en temps de crise, comme en temps ordinaire. Aussi, maintenir trop longtemps le climat de doute se révélera risqué, car cela accroît le sentiment de défiance. Ecouter sa part d’ombre, et renoncer à son imaginaire pourraient en effet accroître le mal présent. Il sera nécessaire de penser à … respirer, et laisser parler son imagination, et celle de ses salariés … pour innover et revenir vers une économie de croissance.

Cela ne revient-il pas à donner du sens au « temps perdu ». Faire « l’éloge de l’oisiveté », selon l’expression de Bertrand Russell … Idée impertinente en temps de crise car l’oisiveté est non-productive par essence. Mais elle est aussi un temps de liberté, celui de l’imagination.

Aussi, apprendre à gérer astucieusement les temps morts de la « production » de biens ou de services peut faciliter l’épanouissement de la créativité, au moment où la recherche et l’innovation sont susceptibles de subir le contrecoup de la chute des crédits disponibles.

Il n’est pas inutile de faire allusion à l’expérience menée par Google. Dans cette entreprise américaine, chaque ingénieur dispose d’une journée de temps libre pour travailler sur des projets qui ne sont pas forcément liés à leur quotidien. Cette faculté est intégrée dans le fonctionnement de l’entreprise. En outre, tout employé peut soumettre un projet au travers d’un système électronique de traitement des idées. Bien sûr, on ne saurait copier-coller cette méthode. Néanmoins elle a le mérite de prendre en compte la motivation intrinsèque du salarié et de mettre en oeuvre un système de reconnaissance et d’auto-contrôle.

Ce cadre de travail est un générateur d’innovations. Il pourrait aboutir aussi bien à la conception d’un bien nouveau, qu’à l’introduction d’une méthode de production nouvelle ou de nouveaux moyens de transport, ou bien à la réalisation d’une nouvelle organisation, ou encore à la conquête d’une nouvelle source de matières premières…

Les débouchés générés par la prise en compte du défi climatique, pourraient offrir l’opportunité de s’y essayer, pourquoi pas, dans l’automobile notamment.

Le temps considéré comme improductif au sein des organisations, établissements, entreprises, administrations, etc … devient ainsi un véritable potentiel de croissance. Parce que l’on aura su donner corps à une alchimie managériale et transformer le métal noir en or …

… Et appris à utiliser, successivement, le bouclier et le glaive pour lutter contre la crise. Avant de rebâtir des fondations solides pour le « pays de la félicité » dont parlait Musashi !

Rédigé par Nicolas Belot le 6 novembre 2008 à 19:06

Déposer un commentaire


  1. Posté par Henri G. le 7 novembre 2008 à 14:48

    Enfin du positif … Ceci étant, il n’est pas certain que la confiance rejaillisse aussi facilement, comme un satori au milieu du désert … mais après tout, pourquoi pas …

    Répondre

  2. Posté par Emile Gaboriau le 7 novembre 2008 à 16:37

    Une analyse nipponisante et revigorante, qui place au centre de l’activité économique les « fluides » qui s’appliquent aussi bien aux individus qu’aux entreprises…

    Répondre

  3. Posté par Jacques Gaillard le 7 novembre 2008 à 16:45

    Intéressant, mais pour vos lecteurs plus âgés, pourriez-vous faire plus court SVP ?

    Répondre

  4. Posté par Jessica 92 le 7 novembre 2008 à 17:00

    té genti man mais on a no gosse a nourir et je mtape 2 crédit conso (parcke la télé écran plat) et la grande qui veut aller à une école de dance alors la créativité… C’est des euros kon veut

    Répondre

  5. Posté par Stephane le 15 novembre 2008 à 19:27

    Une autre vision pour véhiculer les valeurs porteuses de réussite.
    Pour ramener la confiance, recentrer les hommes sur leur valeur, ce qui leur redonnera confiance et sourire, et apportera les affaires.
    Ma vision est plus pragmatique. Ceci dépend nécessairement d’avoir des dirigeants d’entreprise prêt a faire l’effort de ramener les marges au niveau qui permettront la solidarité, la poursuite et le développement des affaires…à suivre

    Répondre

    Réponse de lemitch le novembre 17th, 2008 à 16:49

    Soit, mais pas de marges sans marché préexistant …

    Répondre

  6. Posté par Paquito le 10 décembre 2008 à 15:57

    « J’attends de vous que vous assuriez la réactivité de nos administrations, que vous soyez les acteurs de la levée rapide des freins réglementaires, les négociateurs de l’engagement collectif des collectivités publiques dans le soutien à l’économie », a déclaré le Premier ministre au corps préfectoral !!!

    En ce qui concerne la levée des freins règlementaires, il me semblait que le rôle des préfets était plutôt de faire appliquer le réglement, et non de s’en abstraire … Cela me rappelle un peu un certain Président qui avait demandé il y a quelques années de ne pas appliquer le CPE … Comme le dirait Desproges: « Etonnant, non ? »

    De plus, l’ »administrativité » des capitaux n’est pas nécessairement une excellente chose. Les préfets, avec toute les qualités qu’il faut leur reconnaître – ce sont très objectivement des bastions essentiels de la République et tant mieux- n’en sont pas moins perméables aux influences politiques locales. On pourrait très bien imaginer un député, un sénateur, un maire, demandant à l’administration de « bien vouloir prendre en compte la situation d’urgence » dans le contrôle de l’attribution de crédits à Monsieur Y, ce dernier étant par ailleurs non dénué d’ancrage territorial sur la circonscription dudit élu , sic ….Et l’affaire de se régler autour d’un bon foie gras – c’est bientôt Noël- et d’un verre de Sauternes, un samedi soir, dans un dîner au sommet, réunissant les plus hautes autorités locales, et même, oui, et même, le directeur de la Banque de France locale …

    L’économie en crise pourra-t-elle supporter une « politisation de l’argent  » ?

    Pour ce qui est des collectivités, certaines sont en bonne santé et bien gérées, d’autres sont « un peu moins » armées à l’image du département anciennement communiste de Seine-Saint-Denis … M. Bartolone ayant connu la gloire des infortunés, victime des manoeuvres financières ultra-capitalistiques de ses précédecesseurs …Après tout, ce n’est pas absurde … N’est-il pas écrit dans l’Internationale que  » l’Egalité n’a plus de loi » :-) ))

    Ceci étant, il ne serait pas mauvais de voir se réveiller les acteurs locaux, dont le reflet médiatique laisse apparaître une certaine forme de fébrilité …

    Qu’en dira Edouard Balladur à la tête de son comité de relooking des territoires?
    Je crois avoir une idée: « Je vous demande de vous arrêter » !

    Paquito

    Répondre