Le beurre et l’argent du beurre… la nouvelle recette du « Livret A »
Crise financière
Emoi dans le landerneau médiatico-politique : le taux du Livret A risque de baisser le 1er février prochain ! En pleine crise financière, le « placement favori des français » serait menacé d’une lâche attaque. Comme de raison, le gouvernement reste coi et attendra prudemment la fin janvier pour confirmer cette nouvelle. Je reste perplexe devant cette tempête dans un verre d’eau : non seulement, cette perspective est logique, mais en plus elle me paraît être une bonne nouvelle !
Rappel des faits : depuis 2004, et pour éviter ce genre de débats aussi vains qu’inutiles, les pouvoirs publics ont décidé de confier à la Banque de France le soin de fixer le taux du Livret A. Pour cela, on applique une formule mathématique : ce taux doit désormais être égal à la moyenne arithmétique entre le taux d’inflation des douze derniers mois et la moitié de la somme entre deux taux d’intérêt à court terme : l’EONIA et l’Euribor à 3 mois. Au minimum, le résultat final doit être égal au taux d’inflation plus un quart de point.
Cette définition a le mérite de la prévisibilité (des circonstances exceptionnelles ont cependant conduit à modifier la formule le 1er février dernier !) et évite des interférences politiques souvent malvenues. Chacun peut ainsi se livrer librement au petit jeu de prévoir le futur taux du livret A.
A titre personnel, ma prévision serait la suivante : avec une inflation à 1,8% en décembre (si, si ! c’est le résultat qu’on obtient avec une stagnation de l’indice mensuel des prix sur les trois derniers mois dans un contexte de chute des prix de l’énergie) et des taux d’intérêt à 4,5% (ce qui est « optimiste » si le taux d’intervention de la BCE tombe à 3,5%), le taux du livret passerait à 3,15%, arrondi à 3,25%, contre 4% aujourd’hui.
Pourquoi, malgré les apparences, est-ce une bonne nouvelle ? Tout simplement parce qu’une telle perspective signifierait un ralentissement de la hausse des prix (synonyme de plus de pouvoir d’achat) et une baisse des taux d’intérêt de marché (signe d’un retour à la normal sur le marché monétaire et de futures conditions de crédits moins chères).
Moins d’inflation et un début de retour au calme dans la sphère financière. Comment s’en plaindre ?
Alors pourquoi un tel émoi ? Au moins trois raisons peuvent être avancées:
- un biais catastrophiste des médias : c’est plus vendeur !
- la persistance d’une illusion nominaliste : on préfère avoir 4% de taux d’intérêt nominal avec une inflation à 3,5% que 3% avec une hausse des prix à 1,5%. C’est idiot, mais c’est comme ça !
- une incapacité à assumer la complexité du monde réel : une information n’est ni blanche, ni noire dans l’absolu. Ça dépend des situations individuelles, des circonstances etc…
Ajoutons, pour faire bonne mesure, que ceux qui crient au scandale dans cette affaire sont les mêmes qui s’inquiètent des risques de chute de la consommation. Pourtant, comment peut-on appeler à un plan de soutien en faveur de la consommation et encourager les français à épargner ? Accélérer en freinant est rarement recommandé …
Bref, dans cette affaire comme dans bien d‘autres, on voudrait avoir le beurre et l’argent du beurre. Qui aura le courage de dire à nos concitoyens que c’est impossible ?



Pour ma part, je me permets de vous renvoyer à l’argumentation d’ Econoclaste … Qui me semble assez pertinente …
Bien à vous
Antoine
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2008/11/03/1444-le-livret-a-est-attaque
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