Nationalité des entreprises : une nouvelle donne après la crise ?


La tourmente financière et bancaire actuelle est parfois riche en paradoxes.

Ainsi un fleuron incontesté de la Banque française, beaucoup moins atteint que la plupart par le désastre, se trouve du jour au lendemain avoir comme principal actionnaire l’état belge. Les commentateurs saluent le succès d’un raid audacieux et personne ne parle de « belgisation » de notre champion.

Au même moment en Grande-Bretagne, en Suisse, en Allemagne, aux Etats-Unis, les gouvernements sauvent leurs grandes banques en très mauvaise posture par des interventions en capital ou en garantie : cette entrée parfois modeste, parfois indirecte, toujours présentée comme provisoire est quasi unanimement analysée comme une nationalisation. Comment comprendre ?

Ce qui me semble certain c’est qu’une semi faillite du système financier remet en avant sinon la question rabâchée de la nationalité propre des entreprises, du moins celle de la nationalité de leur actionnariat principal. Est-ce une novation ou un retour en arrière ?

Si nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, nous avons bien sûr vécu le passage de l’ « Entreprise Nationale » à la « multinationale sans passeport », en passant par l’idéal de l’entreprise –familiale bien française- mais mondialisée et celui du « Champion européen ».

En réalité un consensus s’était peu à peu fait : l’entreprise même mondialisée avait sinon une âme du moins une identité, un tropisme qui pouvait la faire qualifier de française, allemande, américaine ou autre.

Cette identité ne présumait pas qu’elle allait oublier son intérêt propre par nationalisme mais n’était pas sans conséquence importante sur ses choix d’implantation, sa politique de développement ou d’allègements d’effectifs. Et cette nationalité s’apprécie par un faisceau d’indices, à pondérer intelligemment, entre la nationalité des principaux dirigeants, celle des salariés, la banque de travail, le lieu du siège social, celui du principal centre opérationnel, le centre de gravité des établissements de recherche-développement etc. C’est ainsi qu’on découvrait que Renault n’était ni luxembourgeois ni espagnol mais tout de même encore français.

Et l’actionnariat là-dedans ? Relativement marginalisé dans cette analyse classique pour les grands groupes cotés à vocation internationale. Selon le rapport Lavenir, la plupart des dirigeants considèrent cela sans influence puisque les investisseurs institutionnels ont tous les mêmes critères de gestion et de gouvernance.

Or ce sont ces investisseurs anonymes, volatiles interchangeables, parfois moutonniers, parfois établis dans des zones off-shore qui ont été bousculés par la crise.

Tout d’un coup on se préoccupe de la nationalité et du sens de l’intérêt général des actionnaires déterminants. On parle de l’utilité fondamentale des fonds souverains (cf. Nicolas Sarkozy) ou de fonds d’investissements à garantie publique (P. Arthus), dans le cas de pays ne disposant pas de réserves de changes, pour acquérir et gérer des participations larges dans les fleurons nationaux.

Retour en arrière d’une certaine manière, mais aussi retour au « vrai » capitalisme celui dans lequel l’entreprise a la nationalité et la stratégie de celui qui la contrôle.

La crise du capitalisme remet-elle en selle le capitalisme de l’ Etat ?
C’est sans doute une des questions clé qui sera débattue lors des Entretiens Friedland

Rédigé par Yann de Lestang le 29 octobre 2008 à 18:51

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