Après le passage des pompiers

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Tous ceux qui en ont fait la douloureuse expérience le savent : faire intervenir les pompiers dans son appartement permet de le sauver des flammes (normalement), mais leur passage laisse, en général, votre logement dans un état totalement hors d’usage voire … dévasté (portes et fenêtres détruites, moquettes et peintures à refaire, mobilier à changer etc). Mieux vaut avoir, dans ces cas, une bonne assurance. D’une certaine façon, c’est ce qui est en train de se produire dans l’économie mondiale : le sauvetage à tout prix du système financier devrait éviter son effondrement, mais l’intervention en urgence des pouvoirs publics va laisser l’économie mondiale dévastée. Une différence de taille cependant : aucun assureur ne viendra payer la facture.

Les dégâts devraient, essentiellement, concerner principalement deux domaines :
- Le secteur financier lui-même, qui va devoir revoir son « business model » (moins d’effets de levier, moins de risque, plus de capital etc.) dans un contexte réglementaire sensiblement durci. Il faudra des années aux banques (sauf entrées massives de capitaux venant des pays émergents) pour restaurer leur structure de bilan et permettre aux Etats de sortir de leur capital dans de bonnes conditions. Sans parler de crédit crunch durable, au moins peut-on estimer que leurs conditions de crédits seront durablement plus restrictives que ces dernières années.
- Les finances publiques ensuite. La dégradation (en quantité et en qualité) du bilan des Etats est un fait acquis, seule son ampleur restant inconnue aujourd’hui. Il est, en effet, trop tôt pour avoir une idée claire de la dette publique future, soit qu’il y ait trop d’incertitudes sur la mise en œuvre des garanties publiques apportées aux banques, soit qu’il soit impossible de faire un bilan, avant des années, de l’entrée des Etats dans le capital des banques (l’aller-retour dans Alstom a permis une substantielle plus-value, tandis que le bilan final du CDR (Crédit Lyonnais) a représenté un coût proche d’1% du PIB).
Ce qui est aujourd’hui acquis, c’est que dans les deux cas, le retour à des structures de bilan ou à des niveaux de dette comparables à ce qui prévalait avant 2008 prendra des années et se paiera d’une cure d’austérité pour l’économie réelle (moins d’investissements financés, plus d’impôts pour payer la dette et la rembourser).
Reste une dernière inconnue : comment retirer du système toutes les liquidités qui y ont été injectées depuis des années, et ces dernières semaines en particulier ? La solution la plus évidente passerait par une politique monétaire durablement restrictive, i.e. des taux d’intérêts réels significativement supérieurs à la croissance réelle des économies. Une perspective déprimante pour l’investissement et donc la croissance mondiale.

L’économie mondiale va donc sortir totalement flapie de cette crise et elle va mettre un temps certain à s’en remettre. Maigre consolation, les réformes encore impensables cet été deviennent soudainement possibles. Comme le disent les pompiers : il est souvent plus facile de refaire totalement son appartement que par petits bouts. Même à l’économie…

*Photo réalisée par « Humanoïde« 
Rédigé par Jean-Luc Biacabe le 16 octobre 2008 à 12:47

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  1. Posté par Norbert le 16 octobre 2008 à 18:56

    Vos propos sont trop pessimiste et démoralisant.C’est par l’esprit d’entreprise et la création de nouvelles activités que l’on peut s’en sortir.Sinon la France va s’enfoncer.
    Mais que fais votre chambre de commerce pour les créateurs ou les patrons de TPE et comment les aident -t-elles?
    Je voulais m’inscrire au stage de Dirigeants/propriétaires organisé par HEC qui est une de vos écoles.Et on me demande de payer 9900 €.
    C’est bien trop cher pour moi.Vos écoles sont faites pour les futurs gestionnaires de grandes entreprises et vous les subventionnez grâce aux impôts des petits comme moi qui doivent payer le prix fort au dessus de nos moyens.
    Je l’ai dit à votre école et on n’a pas daigner me répondre.Il faut faire des formations à la création accessibles à ceux qui n’ont pas les moyens de se payer HEC qui est fait pour les grosses boîtes.Merci d’avance.

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    Réponse de TM le octobre 17th, 2008 à 18:19

    Si la solution au déluge, c’est de relancer la confiance … on ne peut pas dire que vous y excelliez, effectivement … pour ma part, j’aimerais vous demander quelles sont les solutions que vous proposez ?
    Cependant, je tiens à vous féliciter pour votre style et vos analyses, c’est intéressant et bien écrit.
    Thomas

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    Réponse de Jl Biacabe le octobre 20th, 2008 à 12:46

    Les réponses sont de deux ordres, selon l’horizon temporel :
    - à court terme, on ne peut-être que dans le palliatif en évitant des faillittes et les chomeurs « inutiles » (avec, par exemple, toutes mesures soulageant tansitoirement la trésorerie des entreprises). Surtout, il faut résister à la tentation de la relance de type keynésien, inefficace dans des économies ouvertes confrontées, comme vous le notez, à un choc de confiance. Ceci n’est cependant pas contradictoire avec la recommandation de laisser jouer les stabilisateurs automatiques, ce qui implique que le déficit public devra s’accroître ;
    - à plus long terme, la crise vient de révéler des défaillances majeures dans la régulation des acteurs financiers et la reconstruction à venir devra donc relever encore davantage les digues : élargir la régulation aux acteurs qui en étaient exclus, durcir les conditions de fonds propres des acteurs bancaires (Bâle III), revoir le fonctionnement des agences de notation, élargir la mission des banques centrales au suivi des prix des actifs, revenir sur la fair value etc. Le consensus est assez large sur ces chantiers, mais le diable est dans les détails : comment assurer une meilleure sécurité au système sans entraver sa débordante imagination ? C’est le défi du futur « Bretton Woods » !

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    Réponse de Nicolas Belot le octobre 28th, 2008 à 18:00

    Norbert,
    Merci pour ce commentaire. Une réponse a été apportée à cette question que vous aviez déjà soulignée. Vous pourrez la trouver en cliquant sur le lien ci-dessous.
    http://www.friedland.ccip.fr/74_et-si-le-probleme-de-croissance-des-entreprises-n%e2%80%99etait-pas-du-ressort-des-politiques-economiques/#comment-58
    Bien à vous
    NB

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  2. Posté par Colette d'O. le 20 octobre 2008 à 15:55

    Crise des subprimes: une explication très simple pour ceux qui
    essayent encore de comprendre.

    Alors voilà, Mme. Ginette a une buvette à Bertincourt, dans le Pas-de-Calais. Pour augmenter ses ventes, elle décide de faire crédit à ses fidèles clients, tous alcooliques, presque tous au chômage de longue durée. Vu qu’elle vend à crédit, Mme. Ginette voit augmenter sa fréquentation et, en plus, peut augmenter un peu les prix de base du « calva » et du ballon de rouge.
    Le jeune et dynamique directeur de l’agence bancaire locale, quant
    à lui, pense que les « ardoises » du troquet constituent, après tout, des actifs recouvrables, et commence à faire crédit à Mme. Ginette, ayant les dettes des ivrognes comme garantie.
    Au siège de la banque, des traders avisés transforment ces actifs
    recouvrables en CDO, CMO, SICAV, SAMU, OVNI, SOS et autres sigles
    financiers que nul n’est capable de comprendre.
    Ces instruments financiers servent ensuite de levier au marché
    actionnaire et conduisent, au NYSE, à la City de Londres, au Bourses
    de Francfort et de Paris, etc., à des opérations de dérivés dont les
    garanties sont totalement inconnues de tous (c.à.d., les ardoises des ivrognes de Mme Ginette).
    Ces « dérivés » sont alors négociés pendant des années comme s’il s’agissait de titres très solides et sérieux sur les marchés financiers de 80 pays.Jusqu’au jour où quelqu’un se rend compte que les alcoolos du troquet de Bertincourt n’ont pas un rond pour payer leurs dettes.La buvette de Mme. Ginette fait faillite.

    Et le monde entier l’a dans l ’os…

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