Faut-il aider les ménages à faire des économies d’énergie ?

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De même qu’on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, faut-il donner du picotin à un cheval qui rentre à l’écurie ? Le subventionnement des agents privés est une longue tradition française. On taxe d’abord et on soulage ensuite, en se donnant l’illusion de mener les contribuables là ou l’on veut. Fidèle à cette pratique, la prochaine Loi Borloo, issue des débats du Grenelle de l’Environnement, prévoit de généreuses déductions fiscales pour aider les ménages français à rénover leurs logements dans un sens plus économe en énergie. Est-ce bien utile ?


Passons sur le fait que ce subventionnement existe déjà et qu’il s’est surtout transformé, au fil des années, en prime pour les fabricants de chaudières …Ignorons aussi la question du financement de ces nouvelles niches fiscales, l’Etat en faillite ayant, semble-t-il, encore des réserves. Demandons-nous plutôt si les ménages ont besoin d’être aidés alors qu’un prix du baril de pétrole à 135$ pourrait suffire à les inciter à économiser l’énergie.

Répondre positivement à cette question reviendrait à soutenir que les ménages français sont rétifs à tout calcul économique. Même si on peut regretter leur (faible) niveau de culture économique, l’observation courante montre pourtant que nos compatriotes se comportent, en général, comme le prévoient les canons de la littérature. Des prix trop élevés leur font fuir les rayons des hypermarchés au profit du hard discount, une hausse des taux d’intérêt provoque une hausse immédiate des encours du Livret A etc. Les ménages français sont bien des homo oeconomicus normaux.

Pourquoi, dans ces conditions, ne réduiraient-ils pas leur facture de chauffage lorsque les prix du pétrole doublent ?

Première possibilité, parce que le coût de l’investissement serait trop élevé. Une telle hypothèse paraît douteuse tant la donne a radicalement changé et le calcul de rentabilité évident : un doublement du prix du fioul réduit de moitié la durée du retour sur investissement et rend gagnant tout investissement dans des délais très courts (trois à cinq ans).

Seconde possibilité, parce qu’ils ne croient pas durable le niveau actuel des prix de l’énergie. Là encore, le scepticisme nous gagne tant le consensus des experts est unanime pour annoncer un changement d’ère.

Troisième possibilité, parce qu’ils attendent des aides publiques avant de se lancer. Ce raisonnement, très rationnel, a pour lui de nombreux antécédents. Il soulignerait les conséquences perverses de cet interventionnisme étatique dans le calcul économique quotidien.

L’Etat doit-il alors s’abstenir de toute action ? Sûrement pas. Il pourrait (ce qu’il prévoit de faire) modifier les normes et réglementations en faveur de constructions plus économes. Il pourrait aussi financer la recherche fondamentale, voire appliquée, pour accélérer la « rupture » qu’il appelle de ses vœux. Il pourrait ensuite aider les ménages à faire leur calcul de rentabilité. Il pourrait enfin s’assurer que le marché de la construction durable est bien concurrentiel.

Bref, mettre l’argent public là ou il est le plus utile et le plus légitime. On peut rêver !

Rédigé par Jean-Luc Biacabe le 10 septembre 2008 à 14:33

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