Le contenant ou le contenu ? Des infrastructures à la compétititivité …
Compétitivité, Numérique, PMELa mise en place du réseau très haut débit en France suscite de nombreux débats entre politique de concurrence et question d’aménagement du territoire. Lors d’une journée de conférence « Numérique : investir aujourd’hui pour la
croissance de demain » organisée à l’initiative de la Secrétaire d’Etat chargée de la Prospective et de l’économie numérique, une demande forte s’est exprimée pour faire financer le déploiement du réseau internet à très haut débit par le Grand Emprunt. Si développer le contenant est essentiel, il ne faudrait pas oublier de s’intéresser au contenu. A quoi servirait un réseau ferré sans train ? Par ailleurs une question se pose faut-il financer des infrastructures qui permettront à Google, e-Bay et autres géants américains de se déployer ? Quel gain pour la France ? S’agirait-il alors réellement d’une dépense d’avenir ?
Disposer d’infrastructures performantes est un préalable au développement de l’économie numérique. A l’inverse on pourra mettre toutes les infrastructures que l’on veut s’il n’y a pas de contenu, ça n’apportera pas de croissance. C’est bien sur le contenu que se fait la valeur ajoutée. Cette question est donc fondamentale, le Premier Ministre l’a rappelé lors de son intervention : « mais cet investissement n’en vaudra vraiment la peine qu’à condition que les nouveaux services et les nouveaux usages qu’il rendra possible suivent le mouvement, et que les contenus que ces infrastructures permettront de véhiculer soient suffisamment attractifs. » La France dispose d’un potentiel certain dans le domaine des contenus, mais les entreprises du secteur souffrent comme beaucoup de PME de sous-capitalisation, et un certain nombre d’entreprises à potentiel sont revendues à des étrangers, le plus souvent américains.
Si l’on n’est pas capable de créer du contenu en France, développer des infrastructures favorisera donc l’expansion de Google, eBay, Expedia … et créera de la valeur … aux Etats-Unis !
Si l’on veut des contenus français, il faut donc permettre aux PME du secteur de se développer et éviter leur revente systématique à des grandes entreprises américaines. Ce sujet rejoint très largement la problématique du financement des entreprises innovantes et des entreprises de croissance.
Par ailleurs le déploiement des infrastructures doit-il se faire à n’importe qu’elle coût ? On estime un coût de l’ordre de 40 milliards d’euros pour équiper l’ensemble du territoire en haut débit. Qui va payer la facture? Dans certaines zones très denses (grandes régions métropolitaines) le très haut débit viendra « tout seul », il n’y a pas besoin d’investissements publics qui créeraient des effets d’aubaine pour les opérateurs. Les zones rurales relèvent de l’intervention publique. Entre les deux, il faut faire en sorte que les opérateurs mutualisent leurs investissements avec des aides publiques. Il s’agit de trouver un équilibre entre politique d’aménagement du territoire et respect de la concurrence et du marché. Laisser faire le marché seul reviendrait à abandonner la moitié de la population.
Si le Grand Emprunt sert à financer l’économie numérique pour la croissance de demain il conviendra d’être vigilant sur deux points : d’une part qu’une politique d’aménagement du territoire privilégiant le financement des infrastructures ne soit pas suffisamment encadrée et se transforme en rente pour les opérateurs privés, et d’autre part que les entreprises de croissance et les PME françaises qui fournissent des contenus soient dans un environnement économique et social favorable à leur développement.




Le contenu, ce n’est pas qu’une question d’entreprise et de PME. C’est une multitude d’acteur privé ou non : média, particulier, pédagogues, administrations, acteurs du tourisme, artistes, associations et dans une faible proportion entreprise (en particulier celles permettant à d’autres acteurs de présenter leur contenus).
Il serait réducteur de ne vouloir favoriser le contenu qu’à travers les entreprises et leurs problématiques (qui ne sont en aucun cas à négliger). La question du contenant rejoint bien la question d’aménagement du territoire dès lors que l’on suppose que le contenant permet l’ancrage local de tous les acteurs du contenu. Par contre, préparer les infrastructures sans réfléchir à comment favoriser ni inciter les possibilités d’expressions de tous ne serait également qu’un investissement sans vision.
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Vous avez raison de le souligner, le contenu n’est pas qu’une question d’entreprises et de PME. Le déploiement d’un réseau à très haut débit doit également permettre un accès plus large et plus équitable à la connaissance, avec par exemple la mise à disposition du plus grand nombre d’une partie du patrimoine culturel français. C’est en cela qu’il s’agit d’une politique d’aménagement qui doit conduire à réduire la fracture numérique et par ce biais en partie les inégalités dans l’accès à la culture et à la connaissance.
Il n’en reste pas moins que la question posée par le grand emprunt et celle de savoir si investir dans le numérique favorisera la croissance de demain, et à mon sens il n’y a pas de croissance sans entreprises créatrices de valeur. On pourra néanmoins argumenter qu’une plus large diffusion de la connaissance notamment chez les plus jeunes améliora le niveau de formation, et donc permettra aux entreprises de disposer d’un capital humain plus performant, ce qui améliora leur compétitivité, ainsi la boucle est bouclée !
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[...] un précédent papier, j’évoquais la problématique entre le contenant et le contenu dans le domaine de l’économie numérique. A savoir, est-ce que le financement [...]