Il faut dire la vérité !
Compétitivité, Concurrence, Crise financière, Environnement, Finance, Politique fiscale
« On n’est jamais puni quand on dit la vérité ». Ce principe d’éducation élémentaire vient d’être mis en pratique par le Président de la République. A-t-il eu raison ? Beaucoup d’esprits supérieurs penchent pour le non. Comme si la politique de l’autruche, voire pire, le mensonge ou la dissimulation, pouvaient constituer une réponse idoine à la crise de confiance qui mine les marchés financiers et menace de se répandre dans la sphère réelle. Inutile de se cacher derrière son petit doigt : les mois qui viennent vont être très durs, les français l’ont compris, et il est plutôt rassurant de constater que le premier décideur de France le sait aussi.
Fallait-il autant dramatiser ? On peut se le demander car après tout, l’état de nos banques et de notre système financier n’a rien à voir avec ce qui prévaut aux Etats-Unis. Heureusement a-t-on envie de dire : d’où viendraient, en Europe, l’équivalent des 700 milliards de dollars à mobiliser pour récupérer les éventuelles créances pourries des banques ? L’avenir dira si ce discours churchillien aura aggravé le climat ou, au contraire, permis d’asseoir durablement la crédibilité de la parole présidentielle. Là aussi, et à titre personnel, nous parierons plutôt pour la seconde branche de l’alternative.
Au-delà des réflexions philosophiques que soulève cette crise (sur la nature du système économique idéal, sur la place à laisser à l’Etat, sur l’importance de l’éthique en économie etc.), le principal intérêt du discours présidentiel résidait dans les pistes tracées pour sortir de la crise. Pour faire simple, on peut les classer en deux catégories : celles sur lesquels le tout puissant Président français n’a aucun levier d’action autre que sa parole ; celles sur lesquels il peut fixer les orientations de son gouvernement.
Dans la première catégorie, on mettra tout ce qui a trait aux nouvelles régulations financières, la perspective d’un nouveau Bretton Woods (« pour mettre fin aux désordres des monnaies »), de nouvelles attaques contre les « dogmes » européens (concurrence, euro). Au total, beaucoup de vœux pieux (« imposer aux banques de financer le développement économique plutôt que la spéculation »), quelques pistes précises (sur les rémunérations des dirigeants). En ces matières, les choses avanceront d’autant plus vite qu’il existe un consensus international, ce qui semble le cas sur la question des rémunérations (au moins sur le principe …). Quant au reste …
Concernant la seconde catégorie de pistes, le Président est resté fidèle à ses orientations : réformes structurelles en faveur du travail, plaidoyer pour une croissance durable, approfondissement de la réforme de l’Etat et de la sphère publique. Face à la crise, vigilance mais pas activisme. Garantie pour les épargnants face aux menaces pesant sur la sphère financière, mais plus de nouvelles baisses d’impôts.
Au final, l’ensemble ressemble assez à une auberge espagnole où chacun trouvera ce qu’il veut y trouver (ou ne pas y trouver), des convictions fortes mais aussi souvent tout et son contraire. Reste le ton dramatique, sans doute en phase avec la réalité. La suite dira si dire la vérité paye. On peut l’espérer, au moins pour que la morale soit sauve.


Merci pour cet article éclairant et synthétique. Certes l’impératif démocratique de transparence dans l’analyse et la décision du politique conduisent ce dernier à laisser apparaître “la vérité” au grand jour: le Tchernobyl financier qui sévit sur le monde ne s’arrêtera pas aux frontières de l’hexagone. Cet acte de foi est un pari courageux.
Sa tonalité dramatique comporte cependant un aléa: générer la défiance des français dans le système bancaire, ce qui, même de manière minime, pourrait amoindrir les liquidités des établissements bancaires … et de fait, accélérer l’affaiblissment dudit système…
Dans ce contexte, l’Etat se portera garant. Cependant, les caisses ayant la réputation de ne pas être parfaitement remplies, avec quoi l’Etat pourra-t-il assumer son engagement ?
Passons … Soit, la confiance ! Une sérénité gaulienne, un acte de résistance régulateur face à la débacle financière …
Refonder le capitalisme. La formule est élégante, alléchante et on aurait envie de voir la réalisation de cette injonction prophétique dans les délais les plus imminents.
Proche de la “troisième voie” – la visite de Benoît XVI n’est pas loin- le discours du Président ambitionne de structurer l’économie sur la loi du travail et de l’entreprise, sur “l’éthique de la besogne”, au-delà de la seule finance. D’ailleurs, la volonté de financer le RSA par les revenus financiers mérite d’être soulignée. Le travail des plus modestes sera financé le capital… Dont l’assiette ne pourra qu’ être revue à la baisse …
S’alignant à raison sur l’intention interventionniste américaine- le plan Paulson n’étant pas adopté- le Président prend ses distances avec la “marketophilie” des plus libéraux.
Ce qui, on peut le penser, n’inaugure pas tant un projet de civilisation qu’une adaptation à la nouvelle donne, et, qui sait, l’envie d’aller … vers un new deal ?
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Toulon a bien sûr fourni l’occasion rêvée au président de la République ,habile politique,de changer de tonalité .L’injection de pouvoir d’achat et la baisse promise de la pression fiscale devant alimenter une croissance recherchée avec les dents font place à un discours plus réaliste quant à la position économique de la France.A quelque chose malheur est bon…
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On peut toutefois regretter l’impréparation de nos dirigeants. Voilà plus d’un an que l’on sait que la crise pouvait voir le jour, plus d’un mois qu’elle se manifeste et seulement 24h que le Président, les Ministres, les banquiers et les assureurs se réunissent … Le mal français, c’est aussi la procrastination !
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