Les technologies de rupture qui vont changer le monde peuvent-elles émerger en France ?

Dans une récente interview accordée à la Tribune, Nathalie Kosciusko-Morizet explique que la convergence entre la « high tech »  et la « green tech » va permettre de bouleverser nos anciens modèles et de faire émerger des technologies de rupture qui vont changer le monde. C’est une vision prospective effectivement de plus en plus partagée par les experts et les décideurs à travers le monde. Dès lors une question s’impose : la France peut-elle être le lieu où émergeront ces technologies de rupture ?

L’idée selon laquelle haute technologie et énergie verte devraient donner lieu à des technologies de rupture est de plus en plus répandue. C’est sur cette base que certains pays ont pris le parti de considérer que la technologie constitue la meilleure réponse au problème du changement climatique, et une véritable course au leadership pour les technologies vertes s’engagent à travers le monde. Le président Obama a lui-même déclaré lors de son discours au congrès du 27 juin dernier pour soutenir l’adoption du American Clean Energy and Security Act : »The nation that leads in the creation of a clean energy economy will be the nation that leads the 21st century global economy ». Plus récemment Tony Blair a fait une déclaration publiée sur le site du Telegraph allant dans le même sens « Leaders should trust in new technologies to put the world on a path of sustainable consumption« . On pourra y lire une façon d’éluder les questions sur les quotas d’émissions et le désaccord entre pays développés et pays en développement qui en découle, par une trop grande confiance dans la solution technologique. Il y a évidemment matière à débat dans ce domaine, mais ce qui frappe surtout dans les intentions américaines, c’est la volonté clairement affichée de prendre le leadership mondial économique sur les technologies vertes. La Chine n’est pas en reste dans cette compétition mondiale, le gouvernement chinois affichant des ambitions et réalisant des investissements considérables dans ce secteur.

La France est-elle capable de prendre part à cette compétition et d’être le lieu où se feront les ruptures de demain ?

Les ruptures technologiques émergent généralement dans les territoires innovants. Ce n’est pas un hasard si l’internet s’est développé dans la Silicon Valley et la téléphonie portable dans les pays scandinaves. Un territoire innovant est un lieu qui permet généralement la rencontre de l’innovation et de l’esprit d’entreprise. Comme cela a été évoqué dans un précédent papier la Silicon Valley française n’est pas encore née. En France, les investissements publics concernant les technologies vertes sont aujourd’hui confiés  à des grandes entreprises. Dans le cas du solaire, l’un des acteurs majeurs est EDF Energies Nouvelles qui vient de s’allier à l’américian First Solar pour fabriquer des panneaux photovoltaïques, par ailleurs l’appel d’offre pour la construction d’une centrale solaire par région devrait revenir à une filiale de Total et GDF-Suez. Il n’y a pas véritablement, en France, de lieu où pourrait émerger un territoire innovant spécialisé dans les « clean tech ». La Silicon Valley a depuis déjà trois ans entamé un virage vers les « clean tech », c’est ainsi que  3,3 Milliards de dollars y ont été investit par le capital risque en 2008. Google, entreprise emblématique de cette région, investit également massivement dans ce secteur.

Si l’on veut favoriser l’émergence de technologies de rupture il faut donc permettre à la connaissance et l’innovation de rencontrer le marché grâce aux entrepreneurs et aux investisseurs, et ne pas miser uniquement sur les grandes entreprises et les grands projets industriels pour devenir un pays leader dans les énergies vertes. Les PME innovantes sont plus souvent à l’origine des ruptures technologiques que les grandes entreprises publiques.

Rédigé par Hélène Perrin-Boulonne le 31 août 2009 à 11:16

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  1. Posté par N Seven le 1 septembre 2009 à 14:23

    Je partage votre analyse et vos conclusions.Mais vous ne dites pas concrètement ce qu’il faut faire!Je préconise pour ma part une plus grande participation des PME aux pôles de compétitivité.Elles n’y sont pas assez encouragées .Il est vital que le tissu des PME dans les secteurs d’innovation soient imbibées par la cross fertilization et les échanges au sein des pôles et des clusters .
    NS

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    Réponse de Hélène Perrin-Boulonne le septembre 2nd, 2009 à 14:39

    Effectivement le papier n’aborde pas le « comment » qui nécessiterait des développements un peu plus longs (voir Friedland Papers n° 16 Devenir le territoire le plus innovant du monde ? disponible sur http://www.etudes.ccip.fr). Néanmoins la question des PME est importante, mais ce n’est pas forcément leur participation aux pôles qui est en cause mais plutôt l’absence d’investisseurs capables de financer des projets qu’ils soient au sein d’un pôle ou non. La dynamique entrepreneuriale n’est possible que si les entrepreneurs ont accès à l’innovation et aux financements.

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  2. Posté par Alexandre MATET le 15 septembre 2010 à 20:08

    Bonjour,
    Pour votre affirmation au niveau des PME qui sont le plus souvent à l’origine de ruptures technologique, avez vous des exemples récents ?
    De plus, j’aurais aimé avoir votre point de vue sur le thème de l’aérospatial. En effet, si dans les années à venir, nous venons à manquer de carburant, je pense que cela se fera ressentir en premier au niveau des lancements de fusées plutôt qu’au niveau du trafic autoroutier. Comme le progrès est indispensable, envoyer des fusées dans l’espace l’est aussi. Ma question est donc la suivante: dans un thème aussi précis et complexe, pensez vous qu’on puisse compter sur des PME ?
    Bordeaux étant connue pour son pôle R&D aérospatial « Aérospace Valley », pensez vous que dans 40 ans, on puisse parler de l ‘Aérospace Valley, comme on parle aujourd »hui de la Silicon Valley?

    Merci de votre temps

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