Un nouveau « business model » pour sortir de la première crise « intégrale »(2)


Et de fait, les entreprises – au même titre que les économies – ne vont pas échapper à un nouveau changement de business model… La mondialisation en a déjà induit plusieurs ; il faut s’attendre à d’autres encore : démantèlement ou adaptation de certaines filières, restructuration des échanges commerciaux autour de nouvelles économies, réorientation des structures de production vers les marchés de proximité, externalisations renforcées de certaines fonctions. Il est, désormais, urgent, pour les entreprises, d’apprécier les futures menaces concurrentielles tout comme les possibilités de construction et de reconstruction. Si le « temps stratégique » des entrepreneurs s’est réduit comme peau de chagrin ces temps-ci au profit du « temps opérationnel » avec des fenêtres d’opportunité très réduites, il pourrait revenir en force à l’avenir. Et l’instinct entrepreneurial pourrait également retrouver ses lettres de noblesse shumpétériennes pour gérer des mutations fondamentales à condition de l’associer à un jeu collectif. L’avenir sera, au-delà du strict critère de la performance économique et financière, aux entreprises qui veilleront à une meilleure écoute entre managers et actionnaires et à une meilleure attention aux besoins du client, qui introduiront des processus de décision plus collaboratifs avec leurs salariés, leurs cadres, etc., qui se recentreront sur la complémentarité des équipes, qui intégreront la diversité à plusieurs niveaux, qui définiront des objectifs convergents avec l’intérêt général, pour citer là encore un auteur de ces Cahiers. Dans ce mouvement général et sans précédent, la culture de l’entreprise telle que pratiquée jusqu’alors ne sera pas neutre ; elle pourra créer les conditions favorables à l’émergence de ces nouveaux modèles qui font défaut.

L’heure est donc à de nouvelles solidarités. Et cela vaut tant pour les entreprises que pour les sociétés et les États dans lesquels s’observent actuellement de graves blessures sociales, telles que l’apparition de zones ou quartiers de nondroit sur le territoire. États et sociétés n’échapperont pas à une nouvelle redistribution des rôles et des pouvoirs en leur sein. Face à ces défis, les États peuvent aussi s’appuyer sur les acteurs de la société civile et inventer de nouvelles collaborations avec les associations, les universités, les ONG, etc. pour insuffler réalisme dans la pensée et optimisme dans l’action.

De même, pour résoudre des problèmes de gouvernance mondiale de plus en plus complexes, il est important que les dialogues et les échanges entre les États soient maintenus coûte que coûte car la diversité de nos pratiques, de nos cultures et de nos convictions est exacerbée par la globalisation. Il est, enfin, important, de faire participer le plus grand nombre d’acteurs à la construction et la reconstruction d’un monde ouvert, d’un monde métissé, d’un monde riche de ses cultures car la globalisation et les nouvelles technologies contribuent aussi, malheureusement, au lissage des modes de consommation ou d’éducation, à une certaine vacuité culturelle, à un façonnage des valeurs et des références… Dans tous les cas, il nous faut indéniablement reconnaître des vertus aux basculements que préfigurent les crises que nous traversons.

Ce texte constitue l’éditorial du dernier numéro des « Cahiers de Friedland – Au-delà de la crise, les crises ? »

Rédigé par Jean-Louis Scaringella le 24 juillet 2009 à 8:10

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