Un nouveau “business model” pour sortir de la première crise “intégrale” (1)
Crise économique
Beaucoup a déjà été dit et écrit sur la première crise planétaire, dont le périmètre s’identifie à celui de la mondialisation économique. Les causes en sont aujourd’hui identifiées et analysées ; les dérives du capitalisme financier sont accusées en premier lieu. La mainmise des objectifs financiers sur la production de richesses a fait long feu ! Il va falloir désormais distribuer des pertes quand des années de frénésie financière et d’abondante liquidité avaient habitué nombre d’économies au partage de dividendes. Grande est alors la tentation de vouer aux gémonies bien des principes et des modèles comme le capitalisme ou le libre-échangisme. Certes, l’essor de nos économies et de nos sociétés n’est pas, à terme, complètement remis en cause mais nos pratiques sont écornées et nos convictions sur la force de nos modèles quelque peu déstabilisées par les (re)nationalisations d’établissements financiers ou par les modes d’intervention plus autoritaires de l’État dans l’économie et la société ; elles le sont d’autant plus que les économies émergentes mettent également à mal nos certitudes.
Au demeurant, si les réflexions sur les facteurs qui ont été à l’origine de cette crise planétaire sont de plus en plus consensuelles, les scénarios et recettes préconisés pour la sortie de crise restent incertains. Il est si facile d’adopter les vieux réflexes, les bons credo… pour se protéger. Et le monde ne dispose pas, pour l’heure, de modèle de rechange. Il va falloir sérieusement réintroduire le capital au coeur du capitalisme et les hommes au coeur de l’entrepreneuriat ; il importe de reconstruire les modèles économiques en prenant appui sur l’économie réelle et en partant des intérêts des générations actuelles et à venir. Personne n’aime modifier ses habitudes, ses repères ou ses normes ; la crise va nous y contraindre.
Car si la crise est planétaire, elle est aussi globale. Plus rares sont, d’ailleurs, ceux à mettre en avant ce caractère exhaustif (intégral) de la crise si ce n’est les tenants du déclinisme ! Pourtant, on ne saurait aujourd’hui se contenter d’une lecture exclusivement économique et financière de la crise ; on oublie que cette dernière est vécue par tous et dans toutes les sphères. En vérité, on peut se demander si la crise financière n’a pas été le facteur déclencheur d’une crise intégrale plus complexe et plus profonde. En effet, d’autres crises – indépendantes de la crise financière et économique – couvaient, depuis les années 1990, dans différents champs de l’économie, de l’entrepreneuriat, de la société, de la politique… bien avant la crise des subprimes. La crise actuelle ne fait qu’amplifier ou révéler les tensions et les malaises déjà existants.
Un ensemble d’évolutions et de ruptures étaient en germe comme en témoigne la diversité des développements contenus dans le dernier numéro des Cahiers de Friedland, dans lequel sont abordés notamment la déficience d’intelligibilité et de bon sens dans les modes de pensée, les effets ravageurs de la loi Sarbanes-Oxley ou des centaines de normes comptables IASB, des règles dites de Bâle et autres ratios “tyranniques”, les limites de certains modes d’organisation des entreprises pour prendre en compte l’intérêt général, les failles du contrôle interne dans la gestion des risques de l’entreprise, la distance croissante entre capital et travail et la confiscation de la parole des cadres dans les entreprises face aux multiples changements de stratégie… Autant dire que l’identification des facteurs de crise autres que de nature financière et économique pourrait être un exercice presqu’illimité. Mais loin de nous l’idée de participer à aggraver un pessimisme ambiant. Comme le souligne un auteur, “la tâche de comprendre le monde, de l’expliquer et de donner à agir sur lui est la moins évidente, mais peut-être la plus importante des conditions de la sortie de crise”.
Toutes ces “autres” crises caractérisent un monde qui en train de changer de paradigme pour reprendre le propos d’un autre auteur. Comme si la trame de l’Histoire allait mettre fin aux Temps dits modernes sans que nous puissions encore donner un nom à la nouvelle ère qui s’ouvre. Face à ces enjeux essentiels qui vont bien au-delà de la sphère économique, il va nous falloir aller beaucoup plus loin dans le curage, dans la rupture, dans l’innovation et même dans l’espérance pour restaurer la confiance entre tous les acteurs et faire émerger ce nouveau monde ! Il y a là un triple défi : intellectuel mais aussi humain et moral. Être impertinent, réaliste et intègre à la fois. Recréer une économie en phase et au service d’une société pour que le sens converge avec l’intérêt général…


“la tâche de comprendre le monde, de l’expliquer et de donner à agir sur lui est la moins évidente, mais peut-être la plus importante des conditions de la sortie de crise”. Absolument d’accord.
On peut aussi, ou surtout, évoquer la mise à plat du système de valeur. C’est à ce niveau que le dérapage s’est d’abord produit. Et l’on touche, là, de fait, à une problématique de société.
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