Parlez-moi… d’Europe !
Europe
Au lendemain des élections européennes, l’Europe reste perçue comme abstraite et éloignée des citoyens. Ce n’est pas que « les cœurs » soient « las d’entendre les beaux discours », pour parodier Juliette Gréco. C’est plutôt que l’on ne trouve pas « les mots suprêmes » pour sensibiliser l’électeur.
En balayant d’un revers de main les résultats des référendums et en ayant recours aux méthodes intergouvernementales pour sauver le traité constitutionnel de Lisbonne, les hommes politiques européens alimentent le sentiment que l’Europe se fait sans les citoyens. Qui s’étonnera dès lors du taux d’abstention aux élections législatives européennes ? A-t-on seulement expliqué les pouvoirs croissants du Parlement européen ? A-t-on insisté sur le fait que l’équilibre des pouvoirs s’est quelque peu rompu en faveur du Parlement et ce, à cause de l’inertie de la Commission européenne passée ? Tout un chacun ignore même le pouvoir d’initiative du Parlement européen. Seuls les lobbyistes semblent comprendre le formidable impact du Parlement européen et font de l’institution un point d’ancrage pour leurs idées.
L’Europe ne fait plus rêver… A force de se contenter de communiquer sur le nombre de strapontins vides, les Français se désintéressent des élections législatives qu’elles soient nationales et a fortiori européennes. En caricaturant l’Europe et en la résumant à des histoires de quotas et de frontières, on a favorisé la percée des eurosceptiques britanniques et tchèques qui prétendent même fonder un nouveau groupe. A quand d’ailleurs un groupe politique anti-français au Parlement national ?
Les électeurs ont besoin de sentir qu’ils influent sur les choix stratégiques et sur le choix des dirigeants ; le choix du président de la Commission se faisant par des jeux de coalitions des groupes politiques, leur influence n’est qu’indirecte. A tout le moins, la nomination de figures emblématiques à la tête des listes aurait pu « porter » les élections, mais il aurait fallu que les heureux élus se sentent promus et non sanctionnés par ce choix… Pas étonnant que Daniel Cohn-Bendit, à qui on ne peut reprocher sa ferveur européenne, ait suscité l’empathie !
S’ils existent officiellement sur le papier, les partis politiques européens restent méconnus et n’ont pas su développer de véritables coordinations partisanes. Qui a pris d’ailleurs la peine de consulter leurs « manifestes » (jargon européen pour parler de programmes) pour les élections ? A défaut de campagne paneuropéenne, de système électoral unique et surtout à défaut de vision stratégique européenne et de vision collective pour un horizon à moyen terme, on a cru que les débats nationaux pouvaient susciter l’engouement nécessaire. Or, la crise engendre homogénéité idéologique et torpeur politique, laissant les anti-Sarko, les anti-Brown et les anti-Merkel sans voix.
Il n’ait plus qu’à espérer que ceux qui n’ont pas su créer de débats nationaux soient capables à l’échelle européenne de développer leurs idées…
Entre le renforcement de la supervision et de la régulation du secteur financier, la préparation de la conférence de Copenhague sur la lutte contre le réchauffement climatique et l’élaboration d’une stratégie de sortie de crise, les nouveaux élus seront occupés. Si l’Europe veut faire peur aux Etats-Unis et à la Chine, en devenant « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde », il serait temps qu’elle réussisse déjà sa communication interne.
Loin des « chimères » auxquelles « on ne croit pas » et « des serments qui rassurent », il est temps également que la nouvelle assemblée – majoritairement à droite et au visage, somme toute, peu changé – repense la Stratégie de Lisbonne et élabore concrètement un plan d’action pour le moyen terme, en s’assurant du soutien des citoyens.


