Aider les ETI : et si l’on se trompait de cible ?
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On peut lire dans une récente note de veille du conseil d’analyse stratégique : « la faiblesse du maillon intermédiaire du tissu industriel français est considéré comme un facteur explicatif important du manque de compétitivité des entreprises françaises ». La note ne manque pas d’évoquer le modèle allemand du Mittlestand comme solution miracle pour mettre fin à cette faiblesse. Lorsque l’on observe une corrélation certaine entre deux facteurs, la question demeure quant au lien de causalité. C’est l’éternelle question de la poule qui a pondu l’œuf ou de l’œuf qui a fait la poule …Et si comme pour la poule et l’œuf on se posait la question dans l’autre sens : la faiblesse des ETI ne serait-elle pas plutôt la conséquence du manque de compétitivité des entreprises françaises et notamment des petites et moyennes ?
La note du conseil d’analyse économique est l’occasion de mettre en avant l’exemple allemand du Mittlestand, comme un objectif, l’économie allemande étant constituée d’un grand nombre d’entreprises moyennes exportatrices qui constitueraient un atout majeur de l’Allemagne. Cette référence pose deux questions, la première d’ordre conjoncturel conduit à s’interroger sur la robustesse d’un modèle allemand constitué d’entreprises fortement exposées à un choc de la demande mondiale (L’Allemagne : l’activité plombée par la chute de l’investissement et des exportations – La Tribune 26 mai 2009). La deuxième est une question de fond sur l’opportunité pour la France de chercher à copier des modèles étrangers qui ne correspondent pas au contexte français. Ce fut déjà le cas, par exemple, pour le modèle de la flexsécurité à la danoise qui pour des raisons principalement culturelles n’est pas applicable en France. Le Mittelstand est un état d’esprit, ce n’est pas un modèle économique. Tout comme la Silicon Valley existe depuis un siècle, le Mittlestand allemand s’est construit dans un contexte d’après guerre particulier. Peut-on copier un état d’esprit lié à une culture et un contexte particulier ? Dit autrement pourrait-on faire le Festival de Cannes à Hambourg ?
Si l’on élimine la possibilité de copier le modèle allemand, la question reste entière. Trouvons une solution pour créer des ETI et la France redeviendra compétitive. Adopter ce raisonnement, c’est faire l’économie d’une réflexion sur la croissance des entreprises. On ne crée pas un tissu d’entreprises de taille moyenne ex-nihilo. Une hypothèse pour expliquer l’absence de ces entreprises moyennes ou intermédiaires est le manque d’ambition des projets d’entreprises dès leur démarrage. Les entreprises françaises souffrent de rachitisme dès leur naissance. En ce sens faut-il se réjouir de l’explosion des chiffres de la création d’entreprises de ces derniers mois essentiellement portée par le statut d’auto-entrepreneur ? Ne faut-il pas y voir une réaction à la montée du chômage plus qu’un véritable élan entrepreneurial ? De nombreux travaux le montrent, le niveau de création d’entreprises sans salarié est corrélé de façon positive au taux de chômage. Si l’on accepte l’hypothèse que les entreprises françaises manquent d’ambition dès le démarrage, on ne peut donc pas considérer le statut d’auto-entrepreneur comme un terreau fertile pour l’éclosion d’entreprises à potentiel. Choisir le statut d’auto-entrepreneur, c’est voir petit dès le démarrage. Ce n’est donc pas de là que viendra le remède. Une seconde hypothèse est la difficulté pour les PME à grandir, et à ce sujet on ne peut que se féliciter du nombre de mesures qui ont été prises pour remédier à ce problème depuis quelques années. Il s’agit aujourd’hui de laisser le temps aux mesures telles que la loi ISF-TEPA de montrer leur efficacité.
Les entreprises de taille intermédiaire étant considérées comme le moteur de la croissance (on notera au passage qu’il y a quelques années, les PME étaient le moteur de la croissance, puis ce fut les gazelles …), elles sont donc la nouvelle cible des politiques publiques françaises en faveur des entreprises. Pourtant le rapport de CAS constate que la majeure partie de ces entreprises sont adossées à un groupe, que ces entreprises fonctionnent très bien et participent de façon significative à la compétitivité nationale. Dès lors une question se pose : pourquoi aider une catégorie d’entreprise qui n’en a pas besoin ? De telles mesures ne risquent telles pas de générer des effets d’aubaine ? Quelle sera l’efficacité de la dépense publique dans ce contexte ? Les entreprises de taille intermédiaire indépendantes (0,5 % du total !) rencontrent pour leur part les mêmes difficultés que les PME.
Dans la question des ETI, il y a donc en réalité deux problèmes qui doivent être traités de façon distincte. D’une part, il conviendrait d’identifier les entreprises intermédiaires réellement indépendantes qui peuvent être handicapées par des réglementations faites pour les grandes entreprises, et leur permettre d’un point de vue de l’application des réglementations fiscales et sociales de bénéficier d’un statut similaire à celui des PME. D’autre part il serait pertinent d’adopter une vision dynamique du problème, en considérant que la faiblesse du nombre d’entreprises de taille intermédiaire vient d’une faiblesse du nombre d’entreprises créées avec des perspectives de croissance et de la difficulté pour les PME de grandir. Sur ce point ayons la sagesse et la patience de laisser le temps aux récentes mesures prises en faveur du développement des PME et de la création d’entreprises de croissance de prouver leur efficacité pour alimenter la catégorie des ETI, et évitons de rendre encore plus confus le paysage des aides aux entreprises en France par la création de nouveaux dispositifs !
NB: La question des ETI fera ultérieurement l’objet d’une étude plus approfondie et d’une position officielle de la CCIP



Je suis tout à fait en accord avec ce discours. Je suis moi-même concepteur d’un plan de relance des emplois de masse (C.S.T.E.) et la pertinence de vos propos ne font que renforcer ma vision d’ensemble du monde économique actuel en France. Sans une politique plus volontariste de la part des pouvoirs publics, point de salut. Sentiments les meilleurs.
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