Problème d’arithmétique


Les journaux du 11 mai dernier se faisaient l’écho d’une dépêche de l’agence Reuters reproduisant des propos de la Ministre française de l’Economie selon laquelle « la croissance française devrait représenter le double de celle de l’Allemagne en 2009 ». On peut penser que Mme Lagarde a voulu faire passer un message positif. Pourtant, d’un strict point de vue arithmétique, son propos est tout sauf rassurant.

En effet, si l’on en croît les prévisions officielles du gouvernement allemand, la « croissance » du PIB allemand devrait être de -6% en 2009. Le double de cette « croissance » représente ainsi  -12%, un rythme bien éloigné des dernières prévisions officieuses françaises (-2,5% selon le Premier Ministre). Le pronostic de notre Ministre de l’Economie est donc, à proprement parler, apocalyptique !

On l’aura compris, la parole ministérielle a été victime de la situation inédite dans laquelle nous nous trouvons. Habitués que nous sommes à une augmentation régulière de l’activité économique, nous peinons à adapter nos expressions à une configuration inédite de recul du PIB.

En toute logique, nous devrions aujourd’hui abandonner (au moins temporairement !) le terme de croissance pour ne plus parler que de décroissance (synonyme, selon mon dictionnaire favori, de diminution). Les qualificatifs d’accélération ou de stabilisation prendraient bien alors une tournure péjorative (l’accélération de la décroissance étant ainsi synonyme d’aggravation de la récession, la stabilisation, synonyme de poursuite de la baisse etc.) alors qu’on continue de leur attacher une connotation positive.

Dans le cas présent, Mme Lagarde aurait du parler d’une décroissance française inférieure de moitié à celle de l’allemande, mais on imagine l’océan de perplexité dans lequel auraient été plongés son auditoire, le traducteur, le journaliste et … le lecteur de la dépêche à une telle annonce !

Pour aider ceux (lecteurs ou rédacteurs) qui s’y perdent dans les expressions utilisées aujourd’hui pour décrire la situation économique présente et à venir, je vous propose le petit lexique suivant :« le pire est passé » : le maximum du taux de décroissance est derrière nous (mais la récession se poursuit) ; « la situation s’améliore » : le taux de décroissance baisse (mais la récession se poursuit encore) ; « la stabilisation est en vue » : on tend vers un taux de croissance nul (mais on n’y est pas encore) ; al; »>« un rebond technique est probable » : la chute de la production a été tellement importante qu’un rattrapage mécanique est envisageable (mais, la production ne retrouvera pas nécessairement son niveau d’avant récession) ; « la reprise n’interviendra pas avant 2010 » : on ne retrouvera pas un taux de croissance supérieur à 2% avant 2010 ; « la croissance potentielle sera impactée par la récession » : la croissance potentielle devrait être plus faible après la crise qu’elle ne l‘était avant.

On conviendra qu’il n’est pas facile de communiquer aujourd’hui, surtout quand les canons de la communication imposent des phrases simples du genre sujet/verbe/complément d’objet, si possible avec peu ou pas d’adjectifs et surtout pas de subordonnées. Il reste à souhaiter à Mme Lagarde (et à nous !) que la croissance redevienne positive pour que ses pronostics recommencent à dire ce qu’elle veut qu’ils disent !

Rédigé par Jean-Luc Biacabe le 21 mai 2009 à 18:39

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