Solidarité entre Etats membres ou tentation du repli national en Europe face à la crise ?

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Le risque de tentation protectionniste est-il réel face à la crise ?

La crise ravive à l’échelle planétaire, au gré des plans de relance, des tentatives de repli ou de défense impossible d’un pré carré déjà ouvert. Ce retour marqué au protectionnisme ou au patriotisme économique prend aujourd’hui de nouvelles formes, plus ou moins masquées mais tout aussi puissantes que les traditionnelles barrières douanières. En témoignent  :

  • Les Etats-Unis avec la clause  » Buy American » recommandant l’usage exclusif d’acier, de fer et des biens manufacturés américains dans le cadre des grands projets du plan de relance, sans qu’elle n’interfère « aux obligations contractées par les Etats-Unis dans le cadre d’accords internationaux » (amendement ajouté à la demande des sénateurs américains) ;
  • La Grande-Bretagne , laissant baisser la livre sterling face à l’euro pour favoriser les exportations de ses produits ;
  • La France avec son plan de soutien au secteur de l’automobile qui a finalement été validé par la Commission européenne (à condition que les 6 milliards d’euros de prêts octroyés à Renault et Peugeot ne contiennent aucune condition relevant de la localisation de leurs activités ou de l’approvisionnement en priorité auprès de fournisseurs installés en France) ;
  • l’Europe, avec la fameuse taxe carbone pour établir une ligne Maginot contre l’étranger pollueur dont les produits rejetteraient trop de CO 2
  • Enfin les pays d’Asie du sud-est avec l’obligation, en Indonésie, de traduire dans la langue nationale les étiquettes de tous les produits alimentaires importés ou encore en durcissant en Malaisie les règles d’attribution de permis de travail vis-à-vis des travailleurs étrangers.

Ces mesures (aides aux entreprises, jeux de mécanisme de change…) constituent autant d’armes pour tous les Etats qui souhaitent protéger leurs entreprises et les emplois associés des effets de la concurrence internationale, favorisant certaines activités au détriment d’autres et perturbant ainsi la notion même de compétitivité et des règles de concurrence.

Cette tentation protectionniste fait écho à la crise pour réconforter un temps l’opinion publique mais pour combien de temps encore et à quel coût ? Laisser croire que l’origine de la crise est ailleurs et qu’il serait possible de se protéger de ses conséquences par des mesures protectionnistes reste un leurre. Toutes les expériences historiques antérieures de préférence nationale ont démontré leur limite, nuisant in fine à l’emploi et à la création de richesse.

Un retour du protectionnisme, révélateur des difficultés du politique à gérer la crise.

La complexité de la crise, son aspect pluridisciplinaire, les multiples interrogations qu’elle suscite ont de quoi laisser désemparés les décideurs, les économistes et plus encore les politiques. Au point que certains moralistes n’hésitent plus à parler de crise politique, devant le manque d’anticipation et le manque de solutions des Etats dans la gestion de cette crise.

Cette crise est en effet révélatrice :

  • D’un défaut de gouvernance économique de l’Europe

L’opportunité unique d’un plan de relance coordonné n’a pas été saisie en raison de divisions importantes entre Etats membres, particulièrement entre le couple franco-allemand. Certainement, les différences structurelles nationales, en matière de tissu économique, de niveau d’endettement ou encore de marges budgétaires ont encouragé des mesures nationales de relance (1) confortant les priorités de chaque Etat. C’est pourquoi le cadre de la relance, fixé par la Commission européenne le 26 novembre dernier reste flou, et laisse la place à toute tentative de repli national d’autant que la politique communautaire relative à la concurrence et aux aides d’Etat a été assouplie.

Face aux tensions croissantes suscitées par le plan français de soutien à l’industrie automobile « jugé protectionniste » par certains Etats membres, la présidence de l’Union européenne a réuni les 27 Etats le 1er mars pour clarifier la position européenne en matière de politique de relance. L’ensemble des pays se sont mis d’accord pour refuser toute forme de protectionnisme en Europe, estimant que ce n’était pas une réponse à la crise actuelle.

  • De la stigmatisation du débat sur la désindustrialisation

Plus que jamais le débat sur les délocalisations (même dans l’espace européen) est redevenu central. Il constitue aujourd’hui, pour les politiciens, un prétexte pour justifier le retour à des mesures protectionnistes. Le cas du plan de relance français de l’automobile est en la parfaite illustration. Mais considérer que la valeur ajoutée se limite à la conception a-t-il un sens en ce début de XXIème siècle ? Ce qui justifie la valeur d’un produit pour le consommateur n’est-il pas la capacité d’un produit à répondre aux besoins recherchés, à être disponible à proximité ou livrable, à bénéficier d’un service après-vente de qualité ? La création de valeur n’est plus dans la simple fabrication du produit mais bien dans la créativité, le marketing et la distribution du produit, activités qui nécessitent une localisation près du consommateur, donc un ancrage territorial.

  • De limites du système bancaire à financer les PME

Cette crise aura démontré les limites du système bancaire à financer les PME. Ceci est particulièrement frappant en France et cette difficulté est antérieure à la crise. Au-delà du rationnement de crédit opéré par les banques, se pose la question centrale du développement de l’entreprise par le financement en fonds propres, ce qui rendrait les PME moins dépendantes du système bancaire. L’Europe peut jouer un rôle central, en la matière, dans le cadre de son Small Business Act, en coordonnant la mise en place d’outils de financement alternatif dédiés aux PME, en orientant par une fiscalité incitative l’épargne vers les PME, en développant le capital-risque, …

A ce stade de la crise, les pulsions protectionnistes restent encore sous contrôle, mais pour combien de temps ? On ne peut ainsi que constater un affaiblissement des solidarités européennes et un mouvement de rétractations nationales dans les secteurs en crise (banques, automobiles). Si l’euro reste encore un bouclier pour de nombreux Etats en crise, il n’est pas garanti que le projet européen sorte indemne des turbulences actuelles.

(1)Outre un engagement budgétaire immédiat de 200 milliards d’euros (soit 1,5% du PIB européen) répartis entre les Etats membres et la BEI (respectivement 170 et 30 milliards d’euros), le plan définit un « programme d’investissements intelligents » conformes à la stratégie de Lisbonne, portant sur les infrastructures de transport et d’énergie, l’amélioration de l’efficacité énergétique dans les bâtiments, et les investissements en matière d’éducation et de R&D

Rédigé par Fabienne Brilland le 16 avril 2009 à 15:27

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  1. Posté par Gabriel des Moëres le 30 avril 2009 à 18:39

    Le catéchisme libre-échangiste a ses fidèles. Pourquoi pas mais il serait intéressant de sortir des officines du VIIIe arrondissement et de le confronter, par exemple, aux ouvriers de l’industrie automobile et de ses dérivés. Le discours gagnerait peut-être en nuance ? La reconversion de nos OS en agents de SAV de proximité, en responsables marketing, en créateurs d’entreprise est-elle donc vraiment le remède à la désindustrialisation ? A mons que l’on se dise qu’ils n’ont qu’à émigrer en Europe de l’Est pour retrouver le travail qu’ils ont perdu ici ?

    Avant de crier au loup protectionniste en y assimilant de manière un brin hâtive les questions de fond que fait enfin émerger la crise que nous traversons — crise de l’anomie du système financier mondial, crise du système économique qui a abouti à cette situation, crise d’un système politique qui a laissé la maîtrise de la destinée des populations aux financiers –, ne serait-il pas bon d’examiner la situation avec un angle plus large et moins polémique ?…

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