Le design contre la compétitivité ?


Longtemps attendus, les rapports « France 2025 » commandés par Eric Besson au Centre d’Analyse Stratégique ont enfin paru. Malheureusement, pour qui s’intéresse à l’innovation dans toutes ses dimensions la lecture du rapport du groupe « Création, recherche et innovation » réserve quelques (mauvaises) surprises.

Pourtant tout commençait bien. L’intitulé du groupe, d’abord, promettait au-delà d’une prospective sur la recherche pure une réflexion élargie à la création et à l’innovation. Les auteurs affirmaient même que le maintien de la compétitivité des entreprises nécessiterait « un sursaut tant en matière d’innovation technologique que d’innovation non technologique ». (page 42). Puis patatras ! L’inquiétude apparaît, dès que, s’intéressant au contenu supposé de cette innovation non technologique, on découvre qu’elle est « organisationnelle et commerciale », et que le design c’est du marketing (p. 42).

D’ailleurs du point de vue de cette innovation non technologique, les entreprises françaises « font plutôt bonne figure » et donc on n’en parlera plus ! A vrai dire on l’évoquera quand même encore quelquefois, mais toujours pour la stigmatiser dans le cadre d’un scénario repoussoir joliment nommé « Douce France ». Pendant que la R et D technologique, la seule, la vraie, nous propulse dans le grand vent de la compétition mondiale, l’autre nous égare du côté du béret, de la baguette et du mouchoir à carreaux. C’est sous cette étiquette particulièrement valorisante qu’apparaît le mot design, 2 fois en 60 pages, autant dire les espoirs qu’on met en lui.

On s’attendait du moins à ce que le rapport « Technologies et vie quotidienne », centré sur les applications et l’acceptabilité des technologies et qui conclue «qu’il faut humaniser et faciliter la relation aux technologies » (p.53), ait à cet égard mentionné le rôle de la R et D non technologique et du design. Pas un mot.

Jusque-là en ce qui concerne la R et D non technologique on était donc dans la condescendance ou l’ignorance et, en tout cas, loin de toute ambition en matière de compétitivité. Mais la pensée se radicalise encore quand le rapport « Production et emploi », dans un scénario « Proximité », pas très flatteur non plus, situe la R et D non technologique sous la mention « Développement des secteurs non délocalisables et protection de l’emploi au détriment de la compétitivité »(p.9). Non seulement la R et D non technologique ne contribue en rien à la compétitivité de nos entreprises, mais elle lui est néfaste !

Décidément tous les pays étrangers qui font de gros efforts pour développer la R et D non technologique, et en particulier le design, en complément de la technologie pour rendre cette technologie plus applicable et plus humaine et renforcer ainsi leur compétitivité n’ont rien compris. On pouvait croire que, certes avec quelques années de retard mais quand même, le rapport Lévy-Jouyet sur « l’économie de l’Immatériel » avait sonné le glas d’une vision française purement scientiste de la R et D, en l’occurrence beaucoup plus R que D. Avec ces rapports de « France 2025 », soyons rassurés, il n’en est rien.

Rédigé par Jean-Gilles Cahn le 15 avril 2009 à 15:21

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